Les écritures de plateau

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Qu’est-ce qui se passe au théâtre aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’on y voit ? Qu’est-ce qu’on y entend ? À quel expérience de spectateur conduisent les spectacles les plus vivants ? Quels débats ou quelles interrogations ils suscitent ?
Il s’agit pas pour Bruno tackels de produire des concepts mais plutôt de dresser un panorama sensible du théâtre en France de ces vingt dernières années, après avoir écrit chez le même éditeur six monographies consacrées à quelques uns de ses protagonistes : Castellucci, François Tanguy, Anatoli Vassiliev, Rodrigo Gracia et d’autres. Pour les désigner, il a déjà employé alors le titre d’ « écrivain de plateau ». Qu’est-ce qu’il entend par là ? Qu’est-ce qui distingue un « écrivain de plateau » de ce qu’on appelle communément un metteur en scène ?
Avant de répondre à cette question, Bruno Tackels remonte plus loin dans le temps, après la Première Guerre Mondiale, au moment où l’on joue pour la première fois Hamlet en habit (autrement dit pas en costume d’époque), il se demande avec l’aide de Walter Benjamin ce que signifie ce geste et en conclut qu’il s’agit hier comme aujourd’hui de réactiver un texte ou un répertoire pour voir et entendre ce qu’il a à nous dire dans le présent.
À quelques exceptions près, pendant plusieurs décennies, cette réactualisation s’est effectuée dans le cadre restreint de la mise en scène de textes existants et destinés presque toujours exclusivement au théâtre ; il a fallu attendre ces vingt dernières années pour voir des femmes et des hommes de théâtre rompre avec ce schéma traditionnel, à résister au texte figé, à accomplir d’abord un geste iconoclaste et honni des puristes, à savoir « tordre, détourner, piller, couper, réduire, démonter » les textes même du répertoire pour réaliser comme François Tanguy de véritables montages scéniques, des « poèmes (écrits) avec les poèmes des autres ».
Dans la tradition elle-même, Bruno tacles le rappelle, le texte (chez Molière ou Shakespeare par exemple) est second, il est tout ce qu’il reste d’une expérience qui s’est déroulée sur scène. Aujourd’hui, Castellucci voit dans le livre, ce « parallélépipède  de papier », le « tombeau » de ce qui s’est passé sur le plateau et pour Rodrigo Garcia c’est comme un « sac rempli de cendres » qui témoigne de ce qui a préalablement brûlé sur le plateau.
Qu’est-ce qui a tant brûlé sur le plateau ? Au théâtre, écrit Bruno Tackels, les « lois de l’obscène », de ce qu’il est permis ou de ce qu’il est convenable de représenter sur scène, varient en fonction de l’espace et du temps et les expériences qui se jouent sur scène, si elles remettent en cause les formes révolues de l’art dramatique (c’est à dire entre autres le respect religieux du texte et la mimesis) pour proposer de « nouvelles syntaxes scéniques » c’est surtout pour pouvoir témoigner et questionner le temps présent, ce « siècle des guerres mondialisées », quitte à provoquer le scandale, comme il le rappelle avec l’exemple du spectacle de Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu.
Bruno Tackels revient aussi brièvement sur la polémique qui a suivi l’édition 2005 du Festival d’Avignon, ce vieux débat qui oppose le théâtre de texte à l’oeuvre de plateau.Il souligne que les spectacles les plus novateurs aujourd’hui sont hybrides, ont recours aux images filmées, aux images numériques, à la musique sous toutes ses formes, à la danse, à tous les éléments plastiques possibles, et si « ils appellent les mots », comme le dit Philippe Quesne, ce n’est qu’un élément parmi d’autres.
L’ « écrivain de plateau » (il est, le plus souvent pluriel, un groupe ou une communauté au travail) est celui qui produit une oeuvre à la fois textuelle, plastique, sonore, qui « part du plateau », du travail collectif réalisé sur le plateau ; pour le spectateur c’est une expérience qui est née et qui à nouveau reprend vie sur le plateau, tous ses éléments produisent du sens et l’incitent à penser.

http://www.solitairesintempestifs.com/livres/543-les-ecritures-de-plateau–9782846814416.html

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