De l’esprit de Noël

Ces temps-ci, je répète à l’envie que la période des fêtes ne me déplait pas bien au contraire, néanmoins cette impression demeure douce et légère tant que l’instant décisif se tient à distance ; plus le jour de noël se rapproche, plus je suis gagné par la mélancolie, sentiment qu’à la fois je crains et je désire,  l’élucider comme on déchire fébrilement un paquet cadeau avant de découvrir ce qu’il y a à l’intérieur. Une douleur ou un pincement qui ne s’établit nulle part en particulier ou plutôt quelque part entre l’extérieur et l’intérieur, des rues de Paris illuminées en direction du foyer, familial ou non, dans le déplacement de l’un vers l’autre, du lieu de passage au lieu clos – l’appartement – mais enluminé lui aussi. Il est amusant de considérer que quelques guirlandes électriques déclenchent de tels sentiments, sont capable de mettre en lumière bien plus que la rue un soir de décembre.
Enfant, ma mère me menait admirer les vitrines animées des Grands magasins, c’était comme aujourd’hui une bousculade insensée – un véritable pari à chaque fois qu’une mère ou qu’un père jette son rejeton dans la foule sans savoir dans quel état il le retrouvera -, cela s’apaisait lorsque nous pénétrions à l’intérieur. Etrangement, je ne me souviens que de l’étage consacré aux jouets, je n’ai aucune image de ma mère au milieu des enseignes de luxe, de parfum ou de maroquinerie ; là-haut, une fois libéré des multiples couches de vêtements dont j’étais recouvert dans la rue,  j’admirais surtout d’énormes plateaux qui simulaient un véritable réseau ferroviaire avec sa gare, ses passages à niveau, des arbres ou d’autres figurines, tout un paysage traversé par des trains miniatures. Une telle installation ne serait jamais rentrée dans ma chambre et, le plus souvent, je venais contempler des jouets que ma mère ne pouvait pas m’offrir ; sur le moment, cela ne me blessait nullement, au contraire je profitais pleinement de ces moments sans regretter que je ne puisse pas rentrer chez moi avec les jouets de mes rêves. Plus tard, je pouvais en souffrir, le matin lorsque je découvrais mes cadeaux ou les quelques heures qui précédaient ces instants, je souffrais bien plus pour ma mère qui – c’est du moins ce que je croyais – devait regretter de n’avoir pas pu faire plus ou d’avoir mal fait. Elle se situe donc là cette mélancolie, derrière mes pas dans ces rues enluminées, sur le seuil de l’appartement, derrière la porte – celle de l’appartement comme du passé  -. Et, au delà, c’est peut-être finalement cela l’esprit de noël, nourrir les plus pauvres des illusions lumineuses.

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2 commentaires pour De l’esprit de Noël

  1. notatio dit :

    salut post-noël, et bonne année comme on dit.
    NrD

  2. danyack dit :

    merci nicolas et une année 2012 pleine d’inventions et de découvertes…

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