ébauches/CH.4

des convois, des convois qu’on injecte par flux continus, des convois éclairés dans le ventre de la ville, des injections sous-cutanées, l’épiderme de la ville ressemble à celui d’un toxicomane, percé à toutes les extrémités, traversé de convois réguliers, des convois que des milliers d’insectes rejoignent par essaims, des insectes males ou femelles, des insectes ouvriers, des insectes soldats, des insectes en bonne santé ou fatigués, qui piétinent et se tassent en silence dans les convois ; quand elle est repus, quand elle déborde d’insectes, la ville, quand les insectes fatigués sont trop nombreux, elle se soulage plutôt que de se laisser déborder, elle recrache des convois sur des voies à l’air libre, des convois plus longs et sur plusieurs étages, plusieurs couches d’insectes entassés, que les convois dégueulent par poignées de plus en plus loin ; je ne suis pas un insecte ouvrier ou soldat, ainsi en a –t-il été décidé lorsque mon œuf a éclos, avec mes jambes arquées et ma totale cécité, impossible de me rendre utile à la communauté, s’ils ne m’ont pas éliminé c’est que dans un coin ils m’ont oublié, je ne vois rien, mais je peux entendre les convois circuler, les sentir injecter  tous ces insectes affairés et efficaces, à la construction de l’ensemble la participation de chacun profite, je peux sentir l’écoulement sain et pur de leur dévouement, je comprends comment tout l’édifice est harmonisé ; je veux moi aussi dans un convoi fourrer mon corps mutilé, je veux que mon corps y soit comprimé avec ceux des insectes males ou femelles, je veux que mon corps se cogne à celui des insectes ouvriers ou soldats, je veux qu’il contamine plusieurs convois, que mon mal se propage, je veux que la ville infectée s’agite et bave, qu’elle m’éjecte violemment, je veux sur le toit d’un convoi à ciel ouvert m’accrocher pendant qu’il progresse, le faire dérailler, assassiner le plus d’insectes soldats ou ouvriers possibles, je veux qu’ils voient mes orbites vides les contempler dans leur sang, je veux qu’ils soient terrifiés, qu’ils crient, qu’ils se terrent dans leurs cavités, je veux qu’ils surveillent tous les convois, que le flux ralentisse, je veux entendre les convois se gripper, grincer, expirer

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