SALVES / Maguy Marin

Combien prodigieux sont ces êtres, capables de vous interpréter même l’inexplicable, sachant lire ce qui ne fut jamais écrit; leur esprit souverain découvre des liens au milieu du chaos; jusque dans les ténèbres de l’éternelle nuit ils trouvent des chemins.
H. von Hofmannsthal



Dans Salves il y a valses, pourtant on ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup de pas de danses dans Salves ou alors des lambeaux comme ces débris de bustes, d’assiettes, de vases que l’on s’efforce, sur scène, d’assembler ; sur scène, les figures, une à une, se rejoignent alors que la salle n’est pas encore plongée dans l’obscurité, déploient des fils invisibles d’un bord à l’autre du décor, plutôt les ustensiles, les pièces du chantier à venir, à voir plutôt qu’en coulisses.
Dans Salves, il n’y a pas de valses de Vienne, de reconstitution du Mur de Berlin, de la marche sur Rome, de la bataille d’Alger, du Printemps de Prague ou de La route des Flandres, seulement des bruits et des gestes, des bruits sur bandes, enregistrées, le bruit des bombes ou des caisses d’un supermarché, étiré et étouffé, des gestes réduits et répétés, des images, surgissent et disparaissent, difficiles de les reconnaitre, encore y a-t-il un tableau, une affiche, un costume pour se faire une idée, la Liberté guidant le peuple, Elvis, la Venus hottentote, un poilu, plus vraiment des symboles, plutôt des souvenirs, des traces, anachroniques, les restes de l’Histoire monumentale qui n’a plus rein d’imposant à présent, font office de héros ou de formules publicitaires.
Dans Salves, on tire moins de 24 images à la seconde, comme si l’on utilisait les outils du cinéma primitif, camera obscura, lanternes magiques, ombres chinoises, ce qu’il faut de stratagèmes, d’ombres et de lumières, pour représenter l’Histoire ou le devenir qui s’ignore, ce qu’il faut d’élocution, pour rendre, avec la phrase,  le mouvement des corps, leur apparitions et leurs déplacements, la persistance de leurs gestes et de leurs postures ; et si la danse était la meilleure expression pour faire le récit du temps, parce qu’elle se joue de l’Histoire, de l’Histoire monumentale qu’elle renvoie au chaos initiale.
Dans Salves, l’histoire se termine par un gueuleton qui tourne mal, sous le portrait du président du jour, la table regorge de plats qu’on finit par se jeter à la figure, comme dans les pantomimes burlesques, et on s’empiffre jusqu’à en crever.

SALVES
Maguy Marin Chorégraphe
CCN de Rillieux-la-Pape Cie Maguy Marin
Le spectacle est repris du 9 au 11 février au 104, 104, rue d’Aubervilliers Paris19.

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