récit

« Il n’est rien, de l’aveu même de la philosophie, ni la tempête ni les monstres anthropophages ni les morts que le chant ne puisse susciter, le mot dépouiller de leur halo indicible, cerner de son trait. La victoire remportée au VIIIe siècle avant notre ère sur l’opacité du monde et le trouble où il nous tient dépasse de beaucoup celle des Achéens, qui lui a servi de prétexte. Elle a repoussé la frontière sur laquelle l’espèce pensive dispute son sens au chaos, sa première, principale et, peut-être, permanente demeure. De quel émerveillement furent saisis les pâtres, les pêcheurs des Cyclades lorsqu’ils reconnurent les éléments déchainés, le fracas de la lutte, l’espoir et le tremblement, leur existence même mais dominés par le vers, transfigurés par la métaphore, nous pouvons encore l’imaginer.
Il suffit de nous rappeler notre prime enfance, lorsque, magiquement, un mot a circonscrit quelque chose qui fuyait ou, à l’inverse, tendait à occuper toute la place, de sorte qu’on en avait plus et qu’on se demandait, les yeux moites, si l’on n’allait pas disparaitre. »

Pierre Bergougnoux, Jusqu’à Faulkner. Gallimard, 2002.

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