Saudade

certainement  le bruit de ses pas sur le trottoir, dans l’escalier, est-il nécessaire de prendre un escalier ?, une porte qui s’ouvre, ce qu’elle fait machinalement lorsqu’elle rentre chez elle, son souffle ou le froissement d’une étoffe, si elle se déshabille lorsqu’elle rentre chez elle, c’est la nuit et peut-être qu’il fait plus frais à cette heure, après elle s’est couchée ou assise quelques instants sur une chaise ou dans un fauteuil, par la fenêtre des mots échangés dans une langue étrangère, elle ne prend pas la peine de jeter un œil, sur le fleuve des marins qui s’embarquent, le vent du nord ou  le roulement invariable des flots, mon nom dit d’une voix rocailleuse, il s’agit de parler de l’absence, l’absence définitive de ma mère, elle m’appelle d’une voix rocailleuse, qui s’élève lorsqu’elle a bu quelques verres, ne parvient pas pourtant à s’imposer, demeure au fond de la gorge, ses lèvres closes, fermée ou la lassitude, son regard qui s’échappe plusieurs minutes, par la fenêtre, si elle parlait encore peut-être qu’elle songerait à prendre l’air, mon nom dit dans une langue étrangère, plusieurs minutes sans savoir que lui dire, prononcer les premiers mots revient à se projeter tout entier dans la nuit, au risque de tomber de haut, entre les notes éparpillées des silences, il est difficile de retenir la mélodie, celle qui s’échappe, sur les toits de la ville, un verre de vin renversé, combien de temps cela lui aurait pris de le boire ?, le chat tient compagnie aux cheminées, au 7ème ciel, lui aussi a cessé de bouger lorsque Tiago S. a posé ses mains sur le clavier, superposé à la guitare, l’écoulement continu de voix dans une langue étrangère, archaïque, qui ondule dans l’obscurité, il s’agit de parler de l’absence, retenu entre ce qui n’est plus et ce qui reste à venir a-t-elle dit, il a pris du retard, prononcé quelques mots dans une langue étrangère, les mots de Thoreau, Not till we are lost, in other words, not till we have lost the world, do we begin to find ourselves, cherché à comprendre, la nuit est la même, à quelques milliers de kilomètres de là, le fleuve s’est frayé un chemin à travers la montagne pour rejoindre l’océan, résonne contre les rochers de granit, mon nom dit d’une voix rocailleuse, l’histoire qu’il reste à raconter, ce qui poursuit sa route, sur la carte les distances sont incertaines, ramassés les alluvions, les mots qui peinent à venir, ce qui revient à plonger dans le fleuve, repris un verre de vin rouge, des rires étouffés, plus tard il faudra s’en rappeler, dans la rue bouillonnantes, des femmes et des hommes qui bavardent dans une langue étrangère,  comment parvenir à parler de l’absence ?, elle dit mon nom d’une voix rocailleuse




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