Monologue

Sans guillemet forcément. Sans guillemet parce que les mots n’appartiennent à personne. Personne ne les a prononcées, à vrai dire, ces paroles. Se développent ou plutôt se dispersent au petit bonheur la chance. Sans ordre apparent.
Des propos décousus qui disent que, dans trois mois environ, la famille s’agrandit. Petit à petit, comme elle se plait à dire, le nid s’agrandit.
Et de trois ! Un troisième, un troisième enfant ça reste une joie.
On est plus rassuré que la première fois, plus décontracté que la seconde, mais attention, ce n’est pas non plus la routine. C’est toujours une joie certes, mais c’est aussi des questionnements matériels, une nouvelle organisation pour toute la famille.
Et la maison n’est pas extensible à l’infini. Quand l’espace manque, il faut faire preuve d’imagination. On dispose de cinq chambres en tout et pour tout. Pas six, cinq.
Celle des parents avec son cabinet de toilettes, les deux chambres des garçons et une chambre d’amis.
Il est vrai qu’on ne reçoit pas très souvent. Il faut dire qu’avec les enfants ce n’est pas toujours facile.
La plupart des amis vivent dans les environs et sont, heureusement, véhiculés. Il faut croire qu’on préfère les recevoir plutôt que de se rendre chez eux.
Il y a seulement son frère qui travaille à l’étranger. Il n’a pas d’autre choix que de loger à la maison, le pauvre. De plus, ça fait plaisir aux enfants. Et il y est très attaché. C’est la seule famille qui lui reste.
Cinq chambres donc. Quatre plus la notre. Où il faut loger les deux garçons, la petite qui arrive (parce que c’est une fille !) et parfois son frère.
On a fait le tour des possibilités.
Transformer la chambre d’amis en dodo du bébé. Et conserver un lit d’adulte, un lit d’appoint, dans  sa chambrette. Le pauvre chou ! Il ne lui resterait plus beaucoup de place. Pas sûr non plus que son frère soit ravi de dormir avec une poupée.
Pas question de la mettre non plus avec l’un des garçons. Surtout les premiers mois. On passerait notre temps à les réveiller. Et puis c’est une fille !
On a pensé à les mettre tous les deux ensemble. Mais ils ont déjà tendance à se chamailler. Et des adolescents…ils ont besoin d’espace.
Finalement, la meilleure solution semble de mettre le plus grand dans la chambre d’amis.
Il s’accommodera fort bien d’un grand lit et il pourra partager la chambre de son frère les quelques jours où le frère de son père nous rendra visite. Tout le monde y trouvera son compte.
Pour l’instant, c’est vrai, la déco de la chambre d’amis est un peu impersonnelle, mais il pourra l’arranger comme il voudra. Après avoir mis un bon coup de peinture, rapatrié ses affaires, tous les objets qu’il veut garder. Il devrait se débarrasser de tout ce dont il n’a plus usage, les restes de sa vie d’enfant, ces vestiges qui l’encombrent à présent. Il en sortira grandi. Peut-être même qu’il se mettra lui aussi au pinceau.
Il n’y aura pas non plus grand-chose à faire dans la chambre de son frère. Il sera bien content de récupérer les jouets que le grand ne veut plus.
C’est fou tout ce qu’ils peuvent entasser ! Ce petit nettoyage de printemps ne sera pas inutile. Leur père voudrait en profiter pour changer la moquette, mais ce n’est pas la priorité. Il y a des dépenses plus urgentes. On ne peut pas se le permettre. C’est ensemble qu’il faudra décider.
Il ne comprend pas, non il ne comprend pas que je le presse de redonner un coup de peinture dans le couloir. Ça ne le gène pas, lui, ces traces rouges et noires étalées sur le mur. Je lui répète qu’on dirait des taches de sang. Ça ne le gène pas ou alors il ne les voit pas. Heureusement que le couloir n’est pas toujours éclairé.
Il me dit que ce sont les enfants qui s’amusent à écraser les araignées. Il est vrai que j’en ai retrouvé quelques unes en faisant mon ménage.
Il me dit qu’ils frottent leurs mains sur la peinture blanche pour se débarrasser des restes de la bête, de son corps, de ses pattes. De ce qui demeure collé à la peau. Ils l’étalent sur le mur blanc…
Enfin, on voudrait surtout avoir fini la chambre de la petite avant qu’elle ne frappe à la porte. On a déjà fini de la peindre. Couleur lin. Une tonalité un peu romantique.
Et on est à la recherche de rideaux assortis. De parures de lit aussi. C’est l’avantage d’avoir une fille. Enfin ! On peut lui préparer une vraie chambre de princesse.
Il faut qu’on fasse un tour au centre commercial pour voir s’ils ont de nouveaux accessoires de déco. Enfin, on n’est pas si pressé. Et c’est bientôt les soldes. On peut encore attendre un peu.

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Un commentaire pour Monologue

  1. Is dit :

    « On dispose de cinq chambres en tout et pour tout. Pas six, cinq.
    Celle des parents avec son cabinet de toilettes, les deux chambres des garçons et une chambre d’amis. »

    ça fait quatre non? a moins que les parents ne fassent chambre à part.

    « Cinq chambres donc. Quatre plus la notre. Où il faut loger les deux garçons, la petite qui arrive (parce que c’est une fille !) et parfois son frère »

    Une erreur de calcul?

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