Charonne

p22-02-09_1837021Ce matin, je me suis levé de bonne heure (du moins c’est ce que j’avais d’abord envisagé mais je me suis un peu endormi et l’amorce me plaisait alors je l’ai gardée) pour mettre des mots, lester de phrases l’ensemble de mes pensées de la nuit. Une nuit agitée et au détour d’un rêve profond ou encore éveillé (ce qui est difficile à savoir car le sommeil a été haché), la résolution de nombreux problèmes, de nombreuses questions que je me posais à propos de mon écriture.
Cela fait quelque mois que j’écris des textes brefs, des narrations en général, quelque chose qui ressemble à des nouvelles ou à ce qu’Antoine Volodine nomme des narrats, dans lesquels se mêlent petites histoires, éléments autobiographiques et réflexions littéraires ou esthétiques (si on me permet ce terme) ; pour ma part je parle parfois de fils ou de lignes dans la mesure ou ce sont des pistes plus ou moins longues qui se développent au gré de mes pensées, de mes rencontres ou de mon imaginaire et je ne sais où elles vont, quand elles prendront fin ni dans quel but je les écris.
J’ai déjà écrit ailleurs semblables considérations et dit combien la lecture de La Vitesse des choses de Rodrigo Fresan m’avait conforté dans ma démarche. Les orages nocturnes ont probablement mis de l’ordre dans tout ça. Ont formé en moi (ou l’ont rendue plus claire) la conviction que ces lignes constituent toutes la trame d’une quête personnelle et universelle (si je ne croyais pas cela, il serait inutile d’écrire), la recherche de mon identité. Cette recherche repose bien sûr sur des éléments biographiques ; ces éléments orientent, nourrissent cette recherche. Pour le dire rapidement l’idée que je suis un homme sans nom et que mon activité littéraire consiste à donner un nom à celui (pour la convention ailleurs je parlerai de personnage) qui poursuit ces lignes.
Ce qui cette nuit m’a rassuré, c’est que j’ai retrouvé immédiatement des échos à cette idée dans mes choix de lecture. En plus de Fresan, la lecture il y a quelques années d’Austerlitz de Sebald. En y repensant, j’ai le sentiment qu’à travers son errance au cœur de l’Europe et des traces de l’histoire proche ou plus ancienne, il s’agit de la même recherche intime et profonde. J’y trouve aussi des échos dans l’œuvre (déterminante pour moi) de Claude Simon et il n’est pas impropre de considérer que l’œuvre de Perec sous toutes ses formes tourne autour de la même problématique. Un peu comme un ensemble d’approches, de formules (je pensais à des tangentes, mais je suis peu connaisseur des mathématiques) qui tendraient toutes à définir ce qu’au fond il recherche sans jamais y parvenir totalement. C’est pourquoi il est difficile de distinguer un titre plutôt qu’un autre dans son œuvre.
Jusqu’ici, j’écrivais sans jamais vraiment savoir où j’allais et j’avais la fâcheuse impression d’errer. A présent, je comprends que cette errance est constitutive de l’écriture elle-même (en tous les cas de la mienne). Je pense aussi qu’elle est renforcée par le fait d’écrire sur le net, parce que le déplacement dans l’hyperespace me semble par nature errant, au sens où, s’il se poursuit, il se perd.
Maintenant je sais que toutes (ou presque) ces lignes que je vais poursuivre appartiennent au même livre (si on peut encore parler de livre), livre que je commence (certains textes ici présents sont en quelque sorte la préhistoire de ce livre) et que je sais que je ne terminerai jamais parce que je vais au fur et à mesure ajouter de nouveaux chapitres au gré de mes lectures, de mes réflexions ou de mes réminiscences. Le même sentiment de liberté que je peux avoir à l’écoute des trois dernières sonates de Beethoven. Danseur sans chorégraphie sans programme.
Certains se demandent sans doute pourquoi je livre au grand jour ces réflexions qui devraient (selon les règles établies) demeurer dans l’arrière-cuisine du travail d’écriture. Je le fais d’abord parce que ça me permet de mettre en ordre mes idées ; aussi parce que ça donne une réponse claire à ceux (des amis le plus souvent) qui m’interrogent pour savoir où j’en suis, ce que je suis en train d’écrire en ce moment et je peux leur dire que j’écris ce livre à présent ; en fin parce que je crois que les vrais lecteurs aujourd’hui (encore une fois le net décuple ce désir) s’intéressent moins au résultat fini seul de l’écriture qu’à tout le processus qui amène une œuvre à se construire. On pourrait trouver de multiple exemples plastiques (parce que l’écrivain aujourd’hui est aussi plasticien comme le plasticien est nécessairement écrivain) ou littéraires (l’œuvre de Zola par exemple aujourd’hui n’a plus grand intérêt sans l’étude de ses carnets d’enquête).
Je mettrai ici certaines de ces lignes ou toutes (je verrai au fur et à mesure), même si elles se transformeront, se prolongeront ou même disparaitront, parfois avec des images, dans une même catégorie du blog.
Je l’intitulerai Charonne pour reprendre ces petits décalages sémantiques présents dans les titres de C.Simon ou de Sebald, parce que la Guerre d’Algérie est en creux un élément important de cette quête et parce qu’il me faut d’ores et déjà un titre.

Publicités
Cet article a été publié dans CHARONNE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Charonne

  1. fgriot dit :

    touché de lire de ce fondamental-là

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s