Rasure

L’autre jour chez le coiffeur. Un shampoing bref et un léger massage du crane. La température de l’eau me convient. Pas trop chaude.

En attendant que la coiffeuse soit disponible, mes mains tournent les pages de Paris Match.

Machinalement sans que les doigts glissent et s’étalent sur les nouvelles des gens célèbres.

Quelques phrases prises en travers de l’interview d’un écrivain de renom. Bien français, mais qui, dans le passé, a découvert l’Amérique et que le vent a bien vite ramené au port.

Monsieur a écrit son roman à la main sur un cahier de moleskine comme Hemingway et conseille aux jeunes auteurs en quête du premier succès de procéder de la même manière.

Mon crane sur le point d’être entièrement rasé et les idées plus claires à présent.


Le soir même allongé sur le lit. Après avoir ôté l’élastique, du revers de la main, je caresse l’imitation du grain de cuir. Noire. L’ouvre en grand, observe ses lignes étroites et replace le signet entre ses pages de couleur chair. Sur la première, j’écris rapidement, je veux dire l’adverbe rapidement, sans réfléchir. Au regret, il me plairait de l’effacer, mais l’affaire est impossible. Une rature avant de passer à la ligne.


Deux jours plus tard, un ticket contre un tour de métro. Quand le ciel descend jusque sur les balcons et que les poches se vident, le plaisir de se laisser porter dans un wagon bleu ou gris, sous la ville, du centre vers la périphérie. Le cahier noir ouvert sur les genoux. L’ébauche d’une phrase : la translation des corps engendre le déplacement des idées. Pas totalement satisfaisante. Parce que le verbe engendrer ne me semble pas le plus approprié. Peut-être qu’entraîner serait plus juste. Le cliquetis du mécanisme.

Seulement l’impossibilité de disposer sur mes genoux d’un dictionnaire des synonymes en plus du cahier noir. Ou de déplacer les mots, leur trouver des correspondances, une nouvelle manière de les combiner.

Tout corps translaté déclenche la circulation des mots. A retardement, sur l’écran de l’ordinateur.


Entre un mois et demi et deux mois plus tard, le temps que mes cheveux repoussent. Dans un magazine littéraire, une thèse étrange. Alexandre Dumas se serait inspiré de la vie du dernier prix Nobel français pour écrire Le Comte de Monte-Cristo.

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