Des cadeaux, le présent et de bonnes résolutions.

La figure du train est un topos de la culture américaine et en particulier de la musique américaine, du gospel au Different trains de Steve Reich. Instrument de conquête de l’espace, moteur du développement économique, mais aussi choix d’une destinée individuelle ou collective, voyage vers le bien ou le mal.
Pour noël, j’ai offert à celle que j’aime Welcome to the welcome Wagon convaincu que la musique lui plairait, l’embarquerait avec moi pour, je l’espère, un long voyage. Aussi parce que, comme tous les CD d’Asthmatic Kitty records, c’est un magnifique objet qu’il est vivement recommandé d’offrir.
Welcome to the welcome Wagon nous embarque en effet vers son petit paradis, un cercle à la fois proche et lointain, plein de joies simples ( si tant est que la joie soit d’un accès simple).
Dans le Welcome Wagon, on trouve le reverend Vito Aiuto et sa femme Monique, mais aussi la production de Sufjan Stevens. Les admirateurs de Sufjan Stevens connaissent déjà Vito parce qu’il apparaît à la dernière plage du Greetings from Michigan (on reconnaît d’ailleurs cette même manière de titrer les albums) qui me l’a fait connaître en 2003. La chanson s’appelle Vito’s ordination song et il m’arrive de verser une larme à son écoute. La présence de ce grand musicien américain en dit surtout long sur la manière dont il conçoit son travail. On comprend qu’il s’agit d’un échange, qu’il était probablement lui-même admirateur du duo et qu’il veut nous le faire partager, pas se mettre en avant.
Nulle crainte ! Sur la pochette il y a bien, derrière le livret, l’image d’un christ les bras ouverts et Vito et sa femme chantent à sa gloire (en fait une chanson de Lou Reed), mais, si vous en faites l’achat, aucun représentant fagoté comme un témoin de Jéhovah ne viendra vous vendre de bible chez vous. Le révérend et sa femme chantent la joie, mais il n’est pas nécessaire d’être croyant (c’est mon cas) pour la partager. Ils chantent des airs naifs et beaux comme les pionniers américains le faisaient, qu’ils aient été des puritains ou des gens simples à la recherche d’un monde meilleur.

9782757800737

Des puritains il y en a dans A la recherche du voile noir (The black veil en anglais) de Rick Moody, un autre ami de Sufjan Stevens (puisqu’il a écrit un brève introduction à son coffret Songs for Christmas paru il y a environ deux ans et qui constitue toujours un joli cadeau peu onéreux). Le livre, je l’avais loupé il y a quatre ans et je l’ai donc lu (en poche) cette année. Sans doute quelque chose d’important dans la littérature américaine. Bien loin de ces romans plein de poncifs qui traversent ces derniers temps l’Atlantique, ces ouvrages post 11/09 prônant le retour à la terre ou aux vraies valeurs comme solution à la corruption de l’Amérique. Dans A la recherche du voile noir, Rick Moody part aussi bien à la recherche de ses racines familiales (un de ses ancêtres serait le modèle du personnage d’une nouvelle de Hawthorne) que de ses sources culturelles (l’écriture de Hawthorne travaille de fond en comble la littérature américaine). En le lisant et en traversant avec lui les paysages du nord-est américain (en plein pendant les élections présidentielles aussi), j’ai pensé avoir en main un des rares livres qui me fassent vraiment comprendre l’Amérique, ses lumières comme ses zones d’ombre. Aucun discours moral, Rick Moody parvient (en un style particulièrement simple) à embrasser toute l’histoire des Etats-Unis à travers celle de sa famille, sans faire de tri, sans omettre de dévoiler ce qui pourrait paraître dérangeant.
Et puis le livre de Moody ne ressemble pas à un roman, ce que j’aime lire à présent. Forme autobiographique, étude littéraire, autofiction, tout cela à la fois comme dans La vitesse des choses de Rodrigo Fresan, un admirateur de rick Moody.

J’ai déjà écrit de nombreuses fois sur le livre de l’argentin, c’est une lecture importante pour moi et sur laquelle je reviendrai. Enfin , pour moi, l’apparition de ce type de livre (parce qu’il déborde des formes existantes), avec d’autres, est un signe de profonds boulversements à venir dans la littérature (encore une fois, j’y reviendrai dans les semaines qui viennent).

Pour terminer, je ne peux quitter cette année sans dire toute la joie que j’ai eu à être publié pour la première fois pour un texte long chez mes amis de publie.net : La dérive des continents.
J’en remercie encore toute l’équipe : François, Fred, philippe, Sarah et les autres. Et il n’est pas encore trop tard pour offrir un cadeau numérique. J’incite tous ceux qui n’ont pas peur des changements ou des technologies nouvelles à se rendre sur le site pour découvrir aussi d’autres auteurs, nombreux, qui ont pris le parti du net pour expérimenter. Dans la littérature aussi, c’est L’insurection qui vient(1) .

Donc quelques résolutions : ne plus télécharger de musique illégalement, ne plus lire de roman, ne plus écrire de livre.

(1)Il se trouve que quelques mois avant l’affaire de Tarnac, j’ai acheté le livre dans ma librairie habituelle près du Métro Jourdain qui met souvent en avant cet éditeur : La fabrique. Pa s que je sois un lecteur assidu de littérature révolutionnaire, mais le titre du livre me plaisait, me rappelait les titres des morceaux de free-jazz des années 70, Albert Ayler par exemple, « the truth go marching in ». Je ne me souviens déjà plus très bien du propos du livre, si ce n’est que les trains (on y revient) y tenaient un place importante.

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Un commentaire pour Des cadeaux, le présent et de bonnes résolutions.

  1. brigetoun ou brigitte celerier dit :

    les résolutions sont choses néfates (hum sauf peut être le téléchargement), nouvelle preuve

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