Balzac mélancolie

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Sous un ciel de coton gris. A étouffer les cris et les blessures mal fermées. Une main décidée éteint le jour fermement. Tellement de bonne heure qu’on se demande (comme on ne l’a pas vu venir) s’il n’a pas passé la journée à s’éteindre. Des impacts lumineux (qui étaient déjà là, mais qu’on distingue mieux à présent) sur le bitume, sur les carrosseries des autos. Tremblent de froid. Des enseignes ou les enluminures de circonstance.

L’esprit de noël. Qu’est-ce que cela signifie ? On considère qu’il s’agit d’espoir. Pas seulement d’espoir religieux. L’espoir que les choses aillent mieux, l’espoir que tout soit plus beau. Mais en même temps la conscience que l’embellie espérée ne sera que passagère.

Ceux qu’on a perdus ne reviendront pas. Ceux qui viennent de perdre leur emploi ne le retrouveront pas. Aucune magie, seulement une illusion.

J’ignore si ce sentiment m’habite depuis longtemps, s’il est apparu il y a peu. Ou il y a plus longtemps encore. Cette douleur au fond du ventre. Pas vraiment douloureuse, mais malvenue. Trop ou pas assez. Est-ce qu’à un moment quelque chose s’est perdu ?

Enveloppé sous les sapins de l’enfance. Douillettement éclairé par les guirlandes lumineuses.

Parade discontinu, macabre, des passants qui s’accrochent aux vitrines comme les démunis se rapprochent du poêle. Il fait si froid ?

Une silhouette qui glisse sur les façades, s’étend jusqu’aux corniches. Balzac. Je le reconnais à son chapeau et sa canne. Les bras chargés lui-aussi. Il profite de sa réussite. Une carrière théâtrale ratée, mais combien d’exemplaires vendus en morceaux à la presse florissante ?

Apparemment, il n’a pas tout perdu en bourse. Et sa grosse valise, qu’est-ce qu’elle contient ?

Ne pouvant plus tenir, je me jette sur lui, le fait tomber, lui donne plusieurs coups de pied pendant qu’il est par terre, dans le ventre, sur la tête. Il saigne à présent. Je crois qu’il a son compte. Quelqu’un s’approche, alors je jette un coup d’œil rapide dans sa valise. Je n’en reviens pas. Que du papier, des centaines de pages manuscrites, noircies jusqu’à ce que plus aucun espace blanc ne subsiste.

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