Place de la République

 

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A pied, dans l’autobus, en métro ou assis dans un train de banlieue, les idées me viennent souvent lorsque je me déplace. Seulement si mon attention n’est pas nécessaire. Je ne conduis pas donc j’ignore si je pourrais en voiture ; par contre, j’en suis sûr, cela me serait impossible en vélo.

Si le temps me le permet, si le voyage est assez long, les idées précèdent des phrases, des paragraphes entiers parfois que je m’empresse de prendre en notes rapides sur le premier support que je trouve ou alors il me faut tout mémoriser jusqu’à ce que je parvienne chez moi, coucher sur le papier ou sur mon écran ce qu’il reste de cette subite emprise qui me saisit parfois. C’est le cas lorsque cela m’arrive dans le bus car les soubresauts du véhicule ne me permettent pas de maitriser mon stylo. Il m’est arrivé de laisser volontairement passer une station pour terminer ce que j’avais entrepris ou d’aller jusqu’au terminus pour reprendre un train dans l’autre sens jusqu’à ce qu’une idée se soit totalement épuisée.

Lorsqu’ainsi je me déplace au gré des voies des transports urbains, c’est ma pensée, ma mémoire qui se met en action, une mécanique mentale totalement hermétique au monde extérieur.

A l’opposé de ce qui arrive lorsque je me pose en un point fixe. Lorsque je ne suis pas moi-même en mouvement, j’observe l’agitation (parce que c’est l’impression que ça me fait quand je me retrouve à l’arrêt) des êtres ou des objets qui m’entourent.

Le choix du poste d’observation est capital. Il faut choisir le bon quartier, la bonne position. Tout cela est affaire de convenances personnelles. J’apprécie particulièrement le Macdo qui se trouve sur la Place de la République. Surtout parce qu’il dispose, à l’étage, de tables qui surplombent toute la place. Au moins la moitié.

C’est une place vaste et rectangulaire encerclée par de grands bâtiments aux murs clairs. Assez reposante. Des immeubles qui datent probablement du 19ème siècle. Avec des moulures au plafond, la répétition de motifs végétaux qui cernent chaque pièce. Dont le développement m’a toujours mis mal à l’aise. L’accroissement d’herbes folles, de champignons qui fermentent à l’abri derrière les façades.

Ma position de guetteur ne surplombe la place que d’un étage et je peux aisément distinguer, derrière leurs pare-brises, les visages des automobilistes. Qui, lorsque le feu leur donne le signal, s’engagent prestement, sur les pavés ou le bitume selon l’endroit, dans un tour complet ou partiel. Dans un mouvement discontinu, alternatif, des flux retenus un instant puis relâchés quand le feu passe au vert. Des autos de toutes tailles, des véhicules utilitaires recouverts de logos d’entreprises, des cars de touristes qui s’efforcent tous de conserver leurs positions, leurs distances à mesure que la courbe s’accentue. Une meute de deux roues, un peu moins d’une dizaine, précède le gros de la troupe.

J’observe leur manège en piochant mes frites trois par trois. La vue est dégagée en cette fin du mois de novembre, seules quelques feuilles s’efforcent de se retenir à leurs branches. En vain.

 

A contretemps, en provenance, semble-t-il, du boulevard Magenta, une horde, que dis-je, une harde d’une quinzaine de sangliers se frayèrent un chemin sur la place sans se soucier des règles de circulation. L’un d’eux, un vieux mâle, heurta une automobile et resta sur le flanc. L’automobiliste contrit descendit de son véhicule et s’enquit du sort du vieux porc sauvage.

Celui-ci avait brisé l’une de ses défenses et saignait abondamment. Avant de rendre son dernier souffle, il désirait confier ses dernières paroles à celui qui était sur le point de lui prendre la vie. Il appartenait à un groupe qui vivait depuis plusieurs siècles à plus de trois cent kilomètres de la capitale. Et ils avaient récemment été obligé de migrer jusqu’ici pour fuir des espèces plus sauvages en provenance de contrées plus à l’est. Poussées par la faim.

Ce matin, j’ai entendu à la radio que ces incursions étaient désormais de plus en plus fréquentes. J’imagine que si les disettes se multiplient, ce gibier sera une bénédiction lorsque la chasse sera ouverte. Et la tête du phacochère à sa place sous les moulures.

 

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2 commentaires pour Place de la République

  1. Madem0iselle B. dit :

    _ Je me suis étrangement reconnu dans ce début de texte. Mes idées me viennent souvent dans le bus, ou lorsque je suis passagère d’une voiture. J’écris sur tout et n’importe quoi simplement pour que mon idée ne s’envole pas, car je sais toujours qu’elle est bonne.  » les idées précèdent des phrases, des paragraphes entiers parfois que je m’empresse de prendre en notes rapides sur le premier support que je trouve ou alors il me faut tout mémoriser jusqu’à ce que je parvienne chez moi  » : cette phrase, j’aurais pu l’écrire tellement je m’y retrouve. Moi, mes idées, je les ai souvent le matin en me réveillant, ou la nuit quand le sommeil ne me vient pas. Et, c’est sur mon portable que je les note. A présent, je me suis acheté un petit carnet pour pouvoir noter mes pensées que ma mémoire défaillante ne pourrait retenir. Bon, pour en revenir à votre texte. Vous me faites un peu penser à Anny Duperey dans votre façon d’écrire, car comme elle, vous partez d’un point bien précis pour vous retrouvez à un point très différent de celui du départ. J’aime bien.

    (( Bon, et entre parenthèses, c’est pas bien de manger Mc Donald parce que vous allez arriver à un stade où, comme moi, vous ne pourrez plus vous en passer )).

  2. Ping : Charonne « La vie dangereuse

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