H.D.

Ne jamais s’y rendre en fin d’après-midi, encore moins le samedi. Pas parce qu’il y a trop de monde, mais pour éviter de croiser quelqu’un que je connais. Ça m’est déjà arrivé. Même en prenant toutes les précautions, c’est inévitable. Me suis retrouvé coincé au fond du rayon frais, à quelques mètres des rangées de lardons grossièrement emballés et des paquets de fromage râpés entassés.
Dix minutes à attendre qu’elle soit passée à la caisse. J’ai eu peur de prendre froid. Font tourner leurs rayons réfrigérés à la puissance maximum. Comme un bruit de moteur sans l’odeur de l’essence ; plutôt celle de la matière grasse, en forte densité, dans le beurre ou ses substituts, dans les pâtes fromagées, le jambon et l’ensemble des morceaux de porc reconstitué.

Pas une vraie connaissance mais l’amie d’une amie. Néanmoins, je ne tiens pas à ce qu’elle me voit acheter ces produits bon marché. Voudrais pas qu’elle pense que je suis aux abois, prêt à consommer n’importe lequel des produits bas de gamme de ce magasin. Pour le moment, mon panier ne contient qu’un gel douche. Crème lavante qu’ils appellent ça. Je ne sais pas si le prédicat est bien français, mais c’est un liquide beige, épais, contenu dans un conditionnement presque aussi grand que celui d’un litre de lait. Quand je l’applique sur ma peau, la même impression peut-être que lorsqu’on prend un bain de boue. Nécessaire ensuite d’asperger longuement tous les bords de la cabine de douche pour en détacher toutes les éclaboussures qui s’accrochent et durcissent quand elles sont sèches.

A vrai dire, tous les emballages paraissent plus grands qu’ailleurs, quand les produits ne sont pas vendus par cartons entiers. Des cartons de yaourts, le soda contenu dans des bouteilles de trois litres, cinq kilos de lessive. Les cornichons, dans leurs bocaux, semblent obèses ; les brioches et les croissants tellement gonflés que leurs enveloppes de plastique paraissent sur le point d’exploser.
Tous entreposés sur des rayons frustes ; trois planches sommairement dressées dans chaque allée ; en bas, au milieu et en haut, où il est difficile de se saisir d’un produit. Difficile de se cacher dans cet espace réduit qui sert à la fois de réserve et de magasin.

Ma chance est qu’elle ne se retourne pas. Trop occupée à faire la conversation avec un vieux qui est venu faire ses achats en chaussons et en pyjama. Vais attendre. Je comprends qu’on vienne faire ces courses ici quand on habite le quartier, mais pas quand on vient de loin. Et en voiture en plus.

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Un commentaire pour H.D.

  1. FBon dit :

    c’est plus la vie dangereuse, c’est le monde des abîmes – tu donneras l’adresse ?

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