MICROSILLON

J’ai mis quelques jours avant de répondre à la sollicitation de François Bon qui faisait écho à un article de Lignes de fuite. Le long week-end du premier mai et peut-être aussi une envie pas très urgente de m’y plonger.

Premières lectures. Comme d’autres compagnons de jeux, bien sûr, des livres de Jules verne (surtout Michel Strogoff et L’Ile mystérieuse), Ivanhoé, Robinson crusoé, des romans de Dickens ou Stevenson, peut-être dans des versions allégées, dans la Bibliothèque verte ou la collection Rouge et Or. Des cartes, des déplacements dans le temps et dans l’espace. Histoires et géographie.

Mais si j’en reste là, je n’aurais pas creusé bien profond. On ne lit pas ces livres sans être déjà un lecteur aguerri. On commence par lire d’autres choses, on commence par nous lire d’autres choses. Je n’ai pas le souvenir de ces livres destinés aux enfants, de ceux qu’on offre à nos enfants aujourd’hui. Je sais à présent que ce n’est pas qu’une affaire de chronologie, mais aussi de milieu social. Pas non plus le souvenir d’un livre en particulier ; pas un livre, des livres, des livres avec des illustrations, des dessins ou des photographies d’animaux ; le monde sous-marin en compagnie du commandant Cousteau, les tortues des Galápagos photographiées par Christian et Nadine Zuber (celui-là je l’ai encore).

Un conte en particulier, mais pas un livre. Un disque, une galette noire, pas très grande, pas une cassette ou un cd comme mes deux filles, un vinyle. Un conte sur chaque face.
Le chat botté sur la première. Une voix donc. Ma mère ne sait pas ou pas très bien lire, mon père est absent.
Plusieurs voix, celle du narrateur, des personnages, ceux qui disent en chœur « c’est le marquis de Carabas ». L’histoire d’un jeune homme désargenté qui, par l’entremise d’un chat botté (plutôt culotté), épouse une princesse je crois ou plutôt la fortune de son père.
C’est comme ça les contes : les jeunes filles épousent les princes, les jeunes hommes la fortune des pères.
Une histoire d’ascension sociale. Je suis déjà un héros stendhalien. Mon père est absent.
Pas un personnage, une ébauche sommairement griffonnée, des gestes, un mouvement toujours ascendant ; à cheval, sans le souci de l’eau ou des vivres. Pas de barrière social, pas les obstacles d’une société verrouillée. Pas encore lu les Illusions perdues.

Sur l’autre face, un autre conte dans une autre tonalité, plus sombre, me semble-t-il, plus mystérieuse. Les Fées. Une mère, deux filles, deux caractères ou deux tempéraments.
L’endroit et l’envers. Reflets et transformations baroques autour d’un puit ou d’une fontaine.
La première rend service à une vieille femme en lui puisant de l’eau ; la seconde le refuse à celle qu’elle croit être une autre parce qu’elle parait moins de le besoin, mais qui est en fait la même après sa transformation. La première sortira de sa bouche, dès quelle l’ouvrira, diamants, rubis, perles et autres pierres précieuses ; la seconde des serpents et des crapauds pour seule récompense.
J’aimais beaucoup ce conte et j’ai longtemps cru (adulte encore), qu’en faisant preuve de charité comme la première fille, je serais plus tard récompensé d’une manière ou d’une autre ; Je pensais même que sous le déguisement d’un sans-abri pouvait se cacher un vrai millionnaire.
Aujourd’hui, comprenant qu’il n’en est rien, lorsque qu’un malheureux tend la main, je souris, parce que ça ne coute rien, et passe mon chemin.

En écrivant, je prends conscience que je pourrais commencer ici un roman, mais n’en ais-je pas commencé des dizaines d’autres de la même manière, commencés puis jamais menés jusqu’au bout. Débuts, plans et ébauches aussi vite pensés et oubliés dans un carnet, un cahier ou un dossier dans mes documents. Encore un héros stendhalien.

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