Au macdo

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Pour un peu j’oublierais de raconter cette histoire. Une histoire sans grand intérêt, c’est vrai. Néanmoins par les temps qui courent, c’est toujours une histoire. Plus la place de faire le difficile.

Nous mangions, ma fille et moi, au macdo. Pas pris conscience avant d’y être qu’on était samedi et que le samedi, au macdo, c’est la fête. Des dizaine de ballons répandus au plafond, des centaines d’enfants entre deux et treize ans qui mangent des milliers de hamburgers avec leur mères qui regardent les grains de maïs s’enfoncer dans leurs salades. Des millions de décibels peut-être.

Je ne me souviens pas d’avoir vu autant de monde dans aussi peu d’espace.
A quelques centimètres de nous, deux jeunes filles attendent, pendant que leurs frites refroidissent, que nous libérions la table pour manger à leur tour. M’efforce de ne pas me mettre trop de la sauce indéterminée qui coule du sandwich sur la joue. En ramasse un peu avec la langue.

Quelques mètres plus loin, on s’agite autour de Ronald Macdonald. Je viens seulement de voir les affiches sur lesquelles est annoncée l’attraction du jour. Me demande s’il y a autant de monde en raison de sa présence. Est-ce qu’il y a des gens qui décident de venir déjeuner le samedi au macdo en raison de la présence de Ronald ?

Une petite fille pleure lorsqu’il s’approche. D’où nous sommes, on entend pas ce qu’il lui raconte pour la rassurer. Au fond du restaurant, il pousse de hauts cris en agitant les bras dans tous les sens. Ma fille me dit qu’ils font une « battle ». En face de lui, un garçon de grande taille coiffé d’une iroquois agite ses bras à son tour. Cela ne doit rien avoir de menaçant car les membres du personnel du macdo qui accompagnent Ronald, comme le ferait les bodyguards d’une superstar, sont hilares.

A nouveau, l’attraction traverse le fast-food, serre des mains, salue les enfants, amuse les mamans. Ce que j’appréhendais. Il se dirige vers notre table et s’adresse à moi. « Comment vas-tu ? », me dit-il. Il me tutoie. Je n’y fais pas trop attention, il doit parler ainsi à tous les clients. Sa manière à lui d’amuser la galerie. « On se connaît » qu’il ajoute. Je souris ou plutôt je grimace en espérant que cette conversation va prendre fin, qu’il va aller amuser d’autres clients.

Au contraire, il s’approche et me dit qu’il était, il y a quatre ou cinq ans, l’un de mes élèves. Il a l’air sérieux. Comment pourrait-il savoir que je suis prof ?
J’ai beau le dévisager avec insistance, je ne vois pas. Il faut dire qu’à plusieurs reprises, il m’est arrivé de ne pas en reconnaître d’autres en les croisant dans la rue, dans un bus ou le métro. J’en ai tant vu passer. Et il y en a qui vieillissent vite. Parfois, j’ai l’impression qu’ils son plus âgés que moi.

Ronald, il me dit qu’il a abandonné la comptabilité il y a six mois, que, de toute façon, il n’a jamais trouvé d’emploi de comptable, qu’il fallait qu’il nourrisse sa petite fille, qu’il est marié depuis un an, que sa femme a un BEP esthétique mais qu’elle a perdu son emploi depuis qu’elle est enceinte.
Il me raconte toute sa courte existence, Ronald, depuis qu’il a été mon élève, il y a quatre ou cinq ans. Je l’écoute un peu, mais progressivement sa voix se perd parmi les cris des enfants qui montent et qui descendent dans la structure de jeux devant laquelle ils ont laissé leurs chaussures.
Tourne la tête et il a disparu. Je cherche à l’apercevoir près des caisses, peut-être derrière le comptoir. Plus là. Je crois le distinguer sortant du restaurant, tenant la main d’un enfant. J’ignore pourquoi, mais j’ai ressenti quelque chose d’inquiétant, un bref frisson.

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Un commentaire pour Au macdo

  1. bébé dit :

    toujours aussi rafraîchisssant de lire tonb log

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