VOYAGES EN BARBARIE. Chapitre six.

Où notre héros prend la mesure de l’insécurité grandissante.

6788…6789…6790…jamais il n’a fait autant de pas, jamais il n’a mis ses chaussures à aussi rude épreuve. Il observe l’état des coutures des parties fraichement ravalées par son cordonnier. Incontestablement, leur solidité est avérée.

En levant la tête, il aperçoit la silhouette des tours dressées devant eux. A distance, elles paraissaient avoir été plantées au hasard, mais à mesure qu’ils progressent, pénètrent dans la cité, il lui semble qu’elles sont disposées autour d’eux selon un plan bien précis. Disposées de manière circulaire comme les pattes larges et puissantes d’un animal inconnu, piliers immobiles d’un monstre assoupi dans les nuages qu’il vaut mieux ne pas réveiller.
Notre héros s’apprête de nouveau à combattre la bête, mais son écuyer tempère ses ardeurs en l’informant que sa mère loge au neuvième étage de l’un des membres inférieurs de la créature.

Un grondement lointain. Difficile à identifier. Ce qui pourrait être le frottement des ailes d’un insecte si il en existait des espèces démesurées. Plus vraisemblablement le bruit d’un engin de travaux publics. Il fait déjà nuit mais il n’est pas si tard. De nombreuses fenêtres sont éclairées. Des cases jaunes ou blanches disposées aléatoirement. Un jeu de stratégie.

Le bourdonnement se fait plus intense. Des sifflements l’accompagnent. Quatre nouveaux briards rejoignent notre héros et son compagnon qui visiblement les connaît. Sourds tous les cinq (les écouteurs sur les oreilles), ils communiquent avec les yeux. L’intensité de leurs regards ne rassure pas notre héros. Pas sûr qu’ils soient enfin sortis d’affaire, pense-t-il. Pourtant, deux d’entre eux proposent de le raccompagner jusqu’à la gare RER, afin qu’il puisse rentrer chez lui. A nouveau, notre héros est agréablement surpris de leur bienveillance à son endroit.

Le bruit se rapproche à présent. Du bout de la rue, un point lumineux grandit en se dirigeant vers eux. Le son semble familier à notre héros. A son compagnon aussi. Quelques secondes et le vélomoteur disparu dans le parking du centre commercial défile à pleine vitesse devant leurs yeux. Deux inconnus sont posés dessus comme notre héros et son compagnon l’étaient il y a des heures de cela.

Ils filent jusqu’au rond point. Reviennent sur leurs pas. Ils ne sont plus seuls. Une voiture, deux, trois voitures de police les ont pris en chasse. Ils en arrivent d’autres de l’autre côté. L’écuyer fait reculer notre héros. Le vélomoteur dérape et percute violemment une des autos. Des policiers sortent de leurs véhicules brassard au bras. Ils ont vu notre héros et ses compagnons. Avancent dans leur direction.

Notre cavalier et intellectuel républicain a beau les rassurer, ses compagnons préfèrent fuir plutôt que d’attendre qu’on leur lise leurs droits. Une course poursuite s’engage. Notre héros ne comprend pas ce que les forces de l’ordre ont à reprocher à son écuyer. Qui s’est fait attrapé et reçoit, alors qu’il est couché sur le sol, plusieurs coups de pieds dans le ventre. Un autre agent les rejoint maintenant. Avec son bâton, frappe le jeune homme à plusieurs reprises.

Notre héros ne fait plus aucun geste, demeure les yeux rivés vers celui qui l’a conduit jusqu’ici. Ne voit pas ses yeux dans le noir, ignore si il est encore conscient.

Entend une explosion derrière lui, se retourne et aperçoit une auto qui brûle. Des jeunes briards plus nombreux jettent des projectiles en direction des forces de l’ordre. Qui répondent avec leurs fusils à balles en caoutchouc. Plusieurs détonations. Le hurlement des sirènes soulève le cœur de notre héros.

A cet instant précis, il serait disposé à tout pour retrouver sa monture et fuir ce monde plein de bruit et de fureur. Me demande de mettre fin à cette histoire.


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