Voyages en Barbarie. Chapitre trois.

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Où notre héros découvre le nouveau visage des villes.

Où sommes-nous ? Quelle direction prendre ? Quelle voie emprunter ?
Comment nous sortir de là ?
Cela doit faire trois quarts d’heure qu’ils tournent en rond. Se pencher d’un côté puis de l’autre pour maintenir l’équilibre de la machine. Pas trop vite en prenant garde qu’un riverain, un enfant ou une vieille dame, ne traverse.

Pour le moment, ils n’ont croisé personne. Des portes fermées. Devant chaque maison : une petite, parfois agrémentée d’une boite aux lettres, et une grande, un portail, de même couleur, pour la voiture. Que des clôtures relient les unes aux autres. Alignements de barreaux de couleurs sensiblement semblables, dans des états divers, peintures encore brillantes, légèrement écaillées ou complètement à l’abandon, le métal mis à nu. Dressés sur des murets chétifs, ridicules  remparts derrière lesquels quelques buissons impuissants se cachent. La crainte d’être vu ou la peur de voir.

Rue des mésanges, passage des cerfs, impasse de l’église. Illusion de la campagne fabriquée en quelques mois par les promoteurs de la vie au grand air. Relégués dans des villages qu’ils croient à l’abri dix, vingt, cinquante kilomètres plus loin sur l’autoroute. Une droite et sa perpendiculaire, puis des formes courbes qui se déploient les unes après les autres comme ces dessins énigmatiques que l’on distingue du ciel et que certains croient être les traces du passage d’extraterrestres.

Sourd, ses écouteurs sur les oreilles, le pilote semble conduire son deux-roues à travers ce labyrinthe sans l’appréhension de se perdre. Notre héros aimerait bien, lui, se rattacher à un fil quelconque pour savoir où ils vont, ou retrouver son chemin et sa Rover sur l’autoroute. Il lui suffisait peut-être d’attendre qu’on vienne le dépanner sur l’autoroute.

Sénart, Moissy-cramayel, Savigny-le-temple, Sénart en Essonne, Sénart Ville Nouvelle. Trop ou pas assez d’informations, des fausses pistes, des kilomètres parcourus sans savoir dans quelle localité ils se situent, où trouver le centre-ville. Pas une église, pas une mairie comme point de repère. La France des villages et de ses clochers, la France de Péguy, n’est plus ce qu’elle était, se dit notre cavalier. Il se souvient avoir lu quelque part que ces villes d’un nouveau type ont été construites sur des marais asséchés. Il a faim désormais et s’inquiète de leur ravitaillement. Il ne manquerait plus qu’ils se fassent piquer par des insectes et qu’ils contractent une maladie, une maladie tropicale comme le chikungunya.

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