Cette tension qui demeure…

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Après coup (plusieurs semaines), quelques mots à propos de La graine et le mulet.

Je ne suis pas en général très porté sur le cinéma dont le propos est social ou politique.
Bien sûr, il y a des exceptions. Pas enclin non plus à goûter avec plaisir au naturalisme.
Autrement dit, je n’étais pas destiné à aimer le film d’Abdelatif Kechiche. Et les références à Pialat (malgré de bons films) ne m’y encourageaient pas.

Pourtant, je n’en suis pas sorti indemne et, plusieurs semaines après, quelque chose qui vient de là subsiste en moi. Indépendamment du pathos (contexte social, familial…) que véhicule le film qui est, dans son ensemble, d’une grande cohérence esthétique, et l’interprétation est très réussie. Mais ce qui s’est inscrit en moi, sur la longueur, a, me semble-t-il, pour point de départ le dénouement.

D’abord une insatisfaction ou une déception, et même quelque chose d’un peu déprimant.
Une longue séquence : celle de l’ouverture du restaurant pour tous les notables de Sète. Une tension qui s’installe, redoublée par la difficulté rencontrée (l’absence de la semoule). Un montage alterné ou parallèle d’école. Suspense haletant. Le numéro torride de danse du ventre. Interminable transe. La mort, semble-t-il, du principal protagoniste. Et puis plus rien. Q’arrive-t-il ensuite ? Nous l’ignorons. Le couscous sera-t-il réussi ? Nous n’en savons rien. Dénouement décevant donc.

Nous sommes en quelque sorte dans la même situation que les convives. Privés de couscous.
Privé de dénouement heureux en l’occurrence. Et la tension née des péripéties, l’attente demeure. Mais pouvait-il en être autrement ?

Cette tension qui demeure. De quoi s’agit-il ?

Un malaise. Celui des notables (petits blancs) qui observent, mi-amusés mi-fascinés, et, semble-t-il, mal à l’aise, la jeune fille exécuter sa danse. Elle est jeune, n’a pas encore totalement le corps d’une femme, le ventre encore rebondie et elle accomplit, pour gagner du temps, un numéro troublant. Nous sommes nous-mêmes troublés, « chauffés à blanc », comme l’assistance qui boit verre sur verre en attendant le couscous.
Un physique très méditerranéen. Bien en chair, sourcils prononcés. Un personnage volubile en plus ; l’antithèse du père, usé et abattu, le regard presque toujours baissé ou ailleurs.

De quoi parle-t-on ?

Peut-être de ses migrants utilisés jusqu’à ce qu’ils ne soient plus bons qu’à jeter, de leurs enfants qui demeurent relégués et humiliés. Leur danse enragée pour être écoutés.
Cette tension qui demeure. Il ne pouvait pas en être autrement.

Pour information, le film est reprogrammé au ciné 104 à Pantin. Ils disent qu’ils font le pari que le film sera récompensé dans les semaines qui viennent. Pari osé ?

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