Voyages en Barbarie. Chapitre second.


De ce qui arriva à notre héros après la rencontre de son nouveau compagnon et des difficultés qu’ils eurent à se comprendre.
Désormais où qu’il se rende, il ne cheminera plus jamais seul.

A califourchon ou dans une position qui s’y apparente, il a l’air d’un paquet encombrant ou du passager clandestin de la machine de son nouveau compère. Aux commandes, ce dernier porte un blouson de couleur sombre et d’une matière qui ressemble à du satin, synthétique et froissé, sans doute imperméable. Que le vent gonfle, par intermittences, contre son ventre. Il semble alors plus gras qu’il ne l’est vraiment, trop lourd pour son deux-roues. Dans son dos, notre paladin se cramponne sans avoir l’air de s’agripper. Il ne sent pas si mauvais, pense-t-il. Tout juste a-t-il une odeur différente.

Une route désespérément droite, faux plat descendant ou montant que la machine peine à gravir. Pas vraiment droite en fait. Maladroitement asphaltée, un peu bombée au centre, déformée de chaque côté et pansée hâtivement, rattrapée par endroits par la végétation qui déborde du fossé. A l’arrière de l’engin, chaque bosse, chaque creux secoue sans ménagement. Comme une série d’uppercuts délivrés au menton et qui finissent par faire mal.

Le temps manque pour admirer le paysage. Le gris du ciel au dessus de la tête et derrière les bouquets d’arbres rassemblés plus loin, nus et regroupés comme pour se protéger du froid. La terre retournée, tassée par les rafales. Elles font tanguer leur monture qui, après avoir repris son souffle, trace à nouveau sa route comme la charrue ses sillons.

Notre héros ne sait pas très bien où ils se rendent. Son nouvel ami lui a bien dit, mais il a des difficultés à le comprendre. Au bord de l’autoroute, il lui a fallu plusieurs minutes pour saisir de quoi  il parlait quand, avant même les présentations d’usage, cet étrange briard lui a lancé « tanikétaturvoi ». Plusieurs minutes qui eurent pu devenir une éternité si il n’avait pas montré du doigt le véhicule accidenté sur la bande d’arrêt d’urgence. Plusieurs minutes pour comprendre qu’il parlait de la Rover 75.

A présent, il peut l’interroger tant qu’il veut, il ne quitte jamais les écouteurs de son baladeur. On peut entendre la musique par-dessus les toussotements du deux-roues. Pas étonnant qu’il parle si fort.

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Un commentaire pour Voyages en Barbarie. Chapitre second.

  1. oups dit :

    et il écoute quoi… dans son baladeur ??

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