VOYAGES EN BARBARIE. Chapitre premier.


Où l’on rencontre pour la première fois notre héros
au cœur des campagnes de France

Quelle déveine ! Un peu plus de quarante kilomètres parcourus depuis la Porte Brancion et voilà sa monture qui rend l’âme. Une Rover 75, achetée il y a près de quinze ans avec les droits de son premier succès en librairie. En francs sonnants et trébuchants. La solidité germanique associée à l’élégance britannique.

Echouée sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute. A5a ou A5b, il ne sait plus très bien. Parcouru une dizaine de kilomètres sur l’A6. Antony puis Athis-Mons. Rejoint la N104, la Francilienne, sans savoir s’il s’agit encore de l’Autoroute ou d’une route nationale. Toujours quatre voies. En direction de Troyes. Evry puis l’A5, toujours en direction de Troyes. A plus rien y comprendre. Le sentiment d’être ballotté et même brutalisé d’échangeurs en échangeurs. La civilisation de l’automobile. Ralliée à contrecœur. Diesel épuisé. Pas question de céder aux diktats d’intégristes à bicyclettes.

A perte de vue, des champs de Betteraves étalés jusque sous ses chaussures. Faites sur mesure par un artisan de Saint Germain. Un des derniers du quartier. Où les boutiquiers ont remplacé les libraires. Ses semelles, refaites il y a seulement quelques semaines. Inusables. Comme son coursier qui gît à présent sur le bas-côté. Pas question de bouger. Il l’a entendu à la radio : sur l’Autoroute, un piéton ne survit pas plus d’une dizaine de minutes.

Prisonnier derrière ses vitres fumées. Il jette un œil au plateau qui l’assiége de tous côtés. La Brie ou le Gâtinais. La géographie n’a jamais été son point fort. Perdu au sud-est du Bassin parisien, entre la Seine et la Marne. Des souvenirs remontés des bancs de l’école. A l’époque où on y apprenait encore quelque chose.

Il a beau faire un effort pour y voir plus clair, il n’aperçoit pas un seul clocher, pas la moindre bâtisse qui ressemble à une mairie.
Derrière le grillage de sécurité, il etrevoit quelqu’un qui lui fait un signe. Sûrement un briard amical qui a le projet de le secourir. Il lui montre quelque chose. Une issue. A vingt mètres devant lui, cela ressemble à une ouverture. Un passage découpé dans la clôture métallique.

Heureuse dégradation, utile incivilité.
Il se rend en toute hâte rencontrer ce briard. Quelques foulées seulement, en tachant de faire attention à l’incessante circulation.
De l’autre côté, une autre mauvaise surprise. On n’est jamais assez sur ses gardes, pense-t-il. Le briard est un noir. Comme Thuram, Makélélé, Thierry Henry… qu’importe, il a oublié le nom de la plupart d’entre eux.

Noir et il va devoir s’en accommoder. Faire comme s’il trouvait ça normal. Un noir sur une route de France.

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