Littérature portative.

Pourquoi j’aime lire les livres d’Enrique Villa-Matas ?
Je me pose moi-même cette question et y réponds parce que d’aucuns diront ( j’anticipe ) que je lis encore un ouvrage de l’auteur espagnol, qu’il s’agit d’une lubie qui tourne à l’obsession. Je ne me suis pas vraiment penché sur les raisons inconscientes qui m’ont conduit à lire avec beaucoup de plaisir Le mal de montano, Bartleby et compagnie et l’Abrégé d’histoire de littérature portative; sans doute peut-on y voir une forme de satisfaction temporaire en attendant d’aboutir dans mes propres écrits, mais je préfère ne pas m’appesantir sur ce triste constat : je lis régulièrement un auteur dont l’oeuvre consiste à commenter ou narrer la vie et l’oeuvre réelles ou réinventées de vrais écrivains comme Robert Walser ou Sterne.
Un écrivain pour écrivain me direz-vous. Ce n’est pas faux , et si l’on se réfère l’article de Télérama paru cette semaine qui énumère le nombre d’écrivants que compte notre pays, on comprend son succès. Le fait est que l’espace narratif de Villa-Matas est le champ réel ou imaginaire de la littérature et que son oeuvre, en portant un regard singulier sur l’histoire littéraire, s’interroge sur le devenir de l’écriture. La littérature a-t-elle encore un avenir ? Comment distinguer la littérature de ce qui n’en est pas dans la profusion éditoriale ?
La vraie création meurt sans doute de l’illusion réaliste qui prétend représenter la nature ou témoigner de notre temps sans prendre conscience qu’un oeuvre littéraire n’est qu’une construction de mots assemblés sur le papier. Les vitrine des libraires ( et les blogs aussi ) sont pleines de ces confessions ou témoignages qui nous vendent une prétendue réalité.
En s’appliquant à rassembler sur le papier la collection de ses héros littéraires, E. Villa-Matas témoigne une fois de plus du caractère dépressif de la littérature d’aujourd’hui. La multiplication des canaux de communication, la « marketisation » de la littérature et plus généralement les tentations de la société des loisirs laissent le véritable écrivain seul avec lui-même. Pourquoi continuer à écrire ? Dans quel but ?
En composant ses listes d’écrivains ( Villa-Matas est un passeur, un point de départ, il amorce ), en revivant à travers eux une expérience d’écriture, il reconstruit avec nous la possibilité d’écrire à nouveau à l’écart du bruit du monde. E. Villa-Matas n’est pas un auteur de chevet ou d’île déserte , il est celui qui anime l’ensemble des oeuvres qu’il nous fait lire ou relire.
L’obésité est aujourd’hui une maladie universelle et la littérature n’y échappe pas, gonflée qu’elle est de sérieux et de prétention et Villa-Matas, en véritable Don Quichotte qu’il est, par la brièveté et la répétition ( deux ruses de l’ironie selon Jankélévitch ) s’emploie à la torpiller de côté ou par derrière, car de ce côté elle ne s’y attend pas

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