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Au nord, lorsque le mercure n’a plus la force de s’élever, le froid semble blanchir l’air que l’on respire, à tel point qu’on pourrait en saisir une parcelle dans le creux de la main. Les corps figés patientent, debout ou assis, expirent une légère fumée que le vent qui parcourt le quai efface aussitôt. Pour la plupart, ils regardent dans la même direction, de l’autre côté du quai, un autre quai qui conduit dans une autre direction. Certains s’observent, se reconnaissent, habitués qu’ils sont à migrer à heures fixes : l’homme à la chevelure luisante et au blazer maculé de pellicules, son attaché-caisse à la main, le noir longiligne en baskets rouges et blanches, les écouteurs sur les oreilles, une femme sans âge sous une parka verte, le vieil arabe dont le pull gris s’extirpe par les manches de son costume marron.
Certains font quelques pas sans jamais réellement s’éloigner de leur position de départ, tournent parfois sur eux-mêmes; d’autres s’absentent quelques instants derrière un abri précaire, il en est même qui, pas à pas, dessinent sur le sol des formes maladroites, ni courbes ni droites, esquissées puis brutalement interrompues. Une jeune femme, le sac en bandoulière, s’impatiente, observe l’horizon d’où le train doit venir, glisse son regard sur la voie qui, quelques centaines de mètres plus loin, semble se nouer à une autre voie; l’une revient et l’autre part (ou peut-être est-ce l’inverse) en l’espace d’une journée. Elles se glissent ainsi du nord au sud dans le canal asséché qui court vers le centre de Paris, à ses deux bords consolidé par d’imposants murs de pierre qui laissent à peine entrevoir le sommet des cités où vivent ceux qui s’y engouffrent le matin, puis elles reviennent, hoquetant, vers leur point de départ déverser leur cargaison de voyageurs fatigués.
Il fait déjà nuit, les pas empressés retrouvent aisément leur chemin, les regards, levés vers les fenêtres des immeubles, reconnaissent les lueurs ondoyantes des postes de télévision.

photographies :christophe jacrot.

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