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	<title>La vie dangereuse</title>
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	<description>aventures humaines et poétiques</description>
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		<title>La vie dangereuse</title>
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		<title>Monologue</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 14:40:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[CHAROGNE]]></category>

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		<description><![CDATA[Sans guillemet forcément. Sans guillemet parce que les mots n’appartiennent à personne. Personne ne les a prononcées, à vrai dire, ces paroles. Se développent ou plutôt se dispersent au petit bonheur la chance. Sans ordre apparent.
Des propos décousus qui disent que, dans trois mois environ, la famille s’agrandit. Petit à petit, comme elle se plait [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=724&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Sans guillemet forcément. Sans guillemet parce que les mots n’appartiennent à personne. Personne ne les a prononcées, à vrai dire, ces paroles. Se développent ou plutôt se dispersent au petit bonheur la chance. Sans ordre apparent.<br />
Des propos décousus qui disent que, dans trois mois environ, la famille s’agrandit. Petit à petit, comme elle se plait à dire, le nid s’agrandit.<br />
Et de trois ! Un troisième, un troisième enfant ça reste une joie.<br />
On est plus rassuré que la première fois, plus décontracté que la seconde, mais attention, ce n’est pas non plus la routine. C’est toujours une joie certes, mais c’est aussi des questionnements matériels, une nouvelle organisation pour toute la famille.<br />
Et la maison n’est pas extensible à l’infini. Quand l’espace manque, il faut faire preuve d’imagination. On dispose de cinq chambres en tout et pour tout. Pas six, cinq.<br />
Celle des parents avec son cabinet de toilettes, les deux chambres des garçons et une chambre d’amis.<br />
Il est vrai qu’on ne reçoit pas très souvent. Il faut dire qu’avec les enfants ce n’est pas toujours facile.<br />
La plupart des amis vivent dans les environs et sont, heureusement, véhiculés. Il faut croire qu’on préfère les recevoir plutôt que de se rendre chez eux.<br />
Il y a seulement son frère qui travaille à l’étranger. Il n’a pas d’autre choix que de loger à la maison, le pauvre. De plus, ça fait plaisir aux enfants. Et il y est très attaché. C’est la seule famille qui lui reste.<br />
Cinq chambres donc. Quatre plus la notre. Où il faut loger les deux garçons, la petite qui arrive (parce que c’est une fille !) et parfois son frère.<br />
On a fait le tour des possibilités.<br />
Transformer la chambre d’amis en dodo du bébé. Et conserver un lit d’adulte, un lit d’appoint, dans  sa chambrette. Le pauvre chou ! Il ne lui resterait plus beaucoup de place. Pas sûr non plus que son frère soit ravi de dormir avec une poupée.<br />
Pas question de la mettre non plus avec l’un des garçons. Surtout les premiers mois. On passerait notre temps à les réveiller. Et puis c’est une fille !<br />
On a pensé à les mettre tous les deux ensemble. Mais ils ont déjà tendance à se chamailler. Et des adolescents…ils ont besoin d’espace.<br />
Finalement, la meilleure solution semble de mettre le plus grand dans la chambre d’amis.<br />
Il s’accommodera fort bien d’un grand lit et il pourra partager la chambre de son frère les quelques jours où le frère de son père nous rendra visite. Tout le monde y trouvera son compte.<br />
Pour l’instant, c’est vrai, la déco de la chambre d’amis est un peu impersonnelle, mais il pourra l’arranger comme il voudra. Après avoir mis un bon coup de peinture, rapatrié ses affaires, tous les objets qu’il veut garder. Il devrait se débarrasser de tout ce dont il n’a plus usage, les restes de sa vie d’enfant, ces vestiges qui l’encombrent à présent. Il en sortira grandi. Peut-être même qu’il se mettra lui aussi au pinceau.<br />
Il n’y aura pas non plus grand-chose à faire dans la chambre de son frère. Il sera bien content de récupérer les jouets que le grand ne veut plus.<br />
C’est fou tout ce qu’ils peuvent entasser ! Ce petit nettoyage de printemps ne sera pas inutile. Leur père voudrait en profiter pour changer la moquette, mais ce n’est pas la priorité. Il y a des dépenses plus urgentes. On ne peut pas se le permettre. C’est ensemble qu’il faudra décider.<br />
Il ne comprend pas, non il ne comprend pas que je le presse de redonner un coup de peinture dans le couloir. Ça ne le gène pas, lui, ces traces rouges et noires étalées sur le mur. Je lui répète qu’on dirait des taches de sang. Ça ne le gène pas ou alors il ne les voit pas. Heureusement que le couloir n’est pas toujours éclairé.<br />
Il me dit que ce sont les enfants qui s’amusent à écraser les araignées. Il est vrai que j’en ai retrouvé quelques unes en faisant mon ménage.<br />
Il me dit qu’ils frottent leurs mains sur la peinture blanche pour se débarrasser des restes de la bête, de son corps, de ses pattes. De ce qui demeure collé à la peau. Ils l’étalent sur le mur blanc…<br />
Enfin, on voudrait surtout avoir fini la chambre de la petite avant qu’elle ne frappe à la porte. On a déjà fini de la peindre. Couleur lin. Une tonalité un peu romantique.<br />
Et on est à la recherche de rideaux assortis. De parures de lit aussi. C’est l’avantage d’avoir une fille. Enfin ! On peut lui préparer une vraie chambre de princesse.<br />
Il faut qu’on fasse un tour au centre commercial pour voir s’ils ont de nouveaux accessoires de déco. Enfin, on n’est pas si pressé. Et c’est bientôt les soldes. On peut encore attendre un peu.</p>
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		<title>Annie Rioux / Bout de roman.</title>
		<link>http://laviedangereuse.wordpress.com/2009/11/06/annie-rioux-bout-de-roman/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 Nov 2009 07:11:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vases communicants]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce premier vendredi du mois de novembre, la Vie dangereuse reçoit Annie Rioux. J&#8217;aime beaucoup son écriture visuelle, spontanée et colorée. Elle m’invite également dans ses 36 poses.  Là-bas ça s’appelle de l’eau. 
Cet échange croisé participe aux Vases Communicants, initiative lancée le premier vendredi de juillet par  Tiers-Livre et Scriptopolis, relayée par Pierre Ménard et qui [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=696&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><em>Ce premier vendredi du mois de novembre, la Vie dangereuse reçoit <a href="http://36poses.org/">Annie Rioux</a>. J&#8217;aime beaucoup son écriture visuelle, spontanée et colorée. Elle m’invite également dans ses <a href="http://36poses.org/">36 poses</a>.  Là-bas ça s’appelle <a href="http://36poses.org/2009/11/05/de-leau_-philippe-maurel/"><strong>de l’eau</strong></a>.</em><strong><em><span style="text-decoration:underline;"> </span></em></strong><em><br />
<em>Cet échange croisé participe aux <a href="http://www.facebook.com/pages/Lulu-et-les-Autres/130407404342#/group.php?gid=104893605886&amp;ref=ts">Vases Communicants</a>, initiative lancée le premier vendredi de juillet par  Tiers-Livre et <a href="http://www.scriptopolis.fr/">Scriptopolis</a>, relayée par <a href="http://blog.liminaire.fr/">Pierre Ménard </a>et qui rebondit ce vendredi par là :</em></em><a href="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/">Journalecrit,</a> <a href="http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/">A chat perché</a> , <a href="http://kmskma.free.fr/">Kill me sarah</a>, <a href="http://www.lignesdevie.com/">Lignes de vie</a>, <a href="http://juliette.mezenc.over-blog.com/">Juliette  Mezenc</a>,  <a href="http://petiteracine.over-blog.com/">Petite racine</a>, <a href="http://balmolok.blogspot.com/">Balmolok</a>, <a href="http://brigetoun.blogspot.com/">paumée</a>, <a href="http://tentatives.eklablog.fr/">tentatives</a>, <a href="http://enfantissages.free.fr/">enfantissages</a>, <a href="http://annadesandre.wordpress.com/">biffures chroniques</a>, <a href="http://desordonnee.blogspirit.com/">desordonnée</a>, <a href="http://www.frederiquemartin.fr/">Frederique Martin</a> et d&#8217;autres&#8230;</p>
<p>___________________________________________________________</p>
<p>Bout de roman<br />
Scène 1c</p>
<p>Il fallait mourir, Frédéric. Cette époque glaciaire où vous vous réchauffiez sur les calorifères et bâtissiez des montagnes de futurs insensés, avec des planches mal balancées et tout, comme si vous y croyiez, comme si on y croit tous. Parce que personne n’est mort. Parce que les gens partent, parce que les gens n’aiment plus ou que sais-je encore, et qu’on accepte la folie qui nous vient telle une offrande, à défaut d’oublier on entasse et on recommence, toujours plus fous on croit. Le récit se tient. Par malheur il se tient. Ça a quelque chose de baroque dans le style, quelque chose d’américain qui coule comme la rivière Colorado, fabuleusement inconnue et variablement près. Elle va se marier croyez-moi. Parce qu’aussi les pères qui partent ne reviennent pas.</p>
<p>Alors, parler d’elle, au bout du compte, parce que parler de soi c’est plutôt encombrant. En parlant des autres, on joue sur le cadre, les répliques on les élague pour qu’il n’en reste pratiquement plus, pour que la nuit bavarde s’étiole autour de son visage, éthéré, qu’on découpe dans le carton-pâte du monde, qu’on fixe plus facilement pour occulter le mal, le nôtre, passer au sentiment secondaire, aux affectations d’ensemble, repasser les rides au fer chaud de la description grossièrement hachée,</p>
<p>c’est qu’on s’évite tellement de dire, on évite pour rester coller à nous, la délivrance que ce serait de savoir se taire, de ne plus savoir éprouver les mots qui creusent, les verbes qui affouillent le ventre comme le poisson les fonds marins. De ne plus écrire que les autres, de ne plus aimer vous ressentir, de ne plus aimer que ceux qui dansent, indifférents au monde, ce sont eux la fête, la grande fête du monde. Mais je déteste, je hais et je sacre. Parce que j’aime. Quand je m’ouvre et qu’on s’ouvre au même moment, scellés ensemble, restaurant les peaux, l’échine bombée cimentée à la sienne, la vie comment dire cette existence gonfle; rien à faire, on est pris dedans, la résonance, jusqu’à ce que chacun appréhende le moment où celui ou celle ou ceux qui n’aimant plus prononcent les mots crasses <em>Je m’en vais</em>. Ou tu ne les prononces pas, ton corps partant, simplement. Ne plus écrire que les autres, c’est simple, j’y pensais en te regardant Isabelle, mais j’y pensais sans doute comme d’une pensée dont il faut nécessairement avoir grande honte, une espèce de pensée anorexique de soi qui veut se fondre dans la foule. Y songer pareil à quelque chose qu’on, enfin je veux dire je me forcerais à éprouver, comme l’inverse de l’amour que j’éprouvais pour toi, Frédéric, c’est-à-dire que vous éprouviez certainement l’un pour l’autre, s’imposer un silence de pierre pour jouer la romance, dans les règles une certaine romance à la con.</p>
<p>Annie Rioux_ 36poses.org</p>
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		<title>Constructions à la périphérie</title>
		<link>http://laviedangereuse.wordpress.com/2009/10/29/constructions-a-la-peripherie/</link>
		<comments>http://laviedangereuse.wordpress.com/2009/10/29/constructions-a-la-peripherie/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 29 Oct 2009 19:06:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[CHAROGNE]]></category>

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		<description><![CDATA[Ces lignes pourraient reprendre sur une autre route. Une route moins large, pleine de bosses et de cavités, usée par les intempéries, le travail patient du temps, mordue par les champs qui la cernent, la contraignent à se contracter.
Ces lignes pourraient se poursuivre sur des chemins moins balisés, dans des sillons plus profonds, les cicatrices [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=688&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Ces lignes pourraient reprendre sur une autre route. Une route moins large, pleine de bosses et de cavités, usée par les intempéries, le travail patient du temps, mordue par les champs qui la cernent, la contraignent à se contracter.<br />
Ces lignes pourraient se poursuivre sur des chemins moins balisés, dans des sillons plus profonds, les cicatrices que le paysage dissimule, dans les fossés menaçants qui ceinturent la route.<br />
Ces lignes pourraient s’éloigner du centre, rejoindre la périphérie, une périphérie plus lointaine et plus proche du sol. Au ras du sol, s‘élèvent rarement au-delà de deux ou trois paliers, les blocs. Les blocs qu’on pose sans les enterrer bien profond, les blocs qu’on fabrique en amont pour qu’ils coulissent à l’intérieur de rectangles identiques, qu’on dispose à proximité les uns des autres. Les uns contre les autres, ils se mettent à l’abri, à l’abri du vent, à l’abri du froid, de la pluie, des oiseaux de passage, à l’abri de ce qu’ils ne parviennent pas à voir dans l’obscurité, à l’abri de ce qui les a éloignés jusque là.<br />
Ces lignes pourraient à nouveau se mettre en route à l’arrière d’un bus, assis, forcément assis, pas dans un bus parisien, un autocar, un car scolaire, où les places assises ne manquent pas ; en s’éloignant du chauffeur, plutôt vers le fond, devant ou derrière deux amis. Pendant plusieurs semaines à côté de la même blonde qui parle et jure comme un garçon. Qu’il aime bien, mais qui lui fait un peu peur.<br />
Se sont levés de bonne heure pour ne pas le rater. Après une nuit dont il ne saurait dire si elle fut brève ou longue. Les yeux en direction du mur, surtout ne pas se retourner, en direction des figures géométriques grossières qui peuplent le papier peint, surtout ne pas ouvrir les yeux, des figures mal rabibochées, usées, tachées, grattées. Puis le noir.<br />
Au réveil, l’interprétation mécanique d’un air de Mozart. Comme chaque matin, ce qui l’irrite à la longue. Lever collectif, sortie des chambrées. Des quatre blocs, des quatre cases qui se font face, qui se prolongent vers d’autres cases, trois plus petites et une plus grandes. Dans la plus grande des plus petites, on mange en silence. Ensuite, il faut marcher un peu, sans se presser si on n’est pas en retard ; en hâtant le pas s’il reste peu de temps (parfois  il s’arrête, s’il nous trouve sur le chemin, mais il ne nous attend pas) ou s’il fait froid. Quelques fois, il ne vient pas, s’il fait trop froid, si la chaussée est glissante, alors on fait le chemin à l’envers et on reste chez soi. Chacun dans sa case d’abord, les uns et les autres dans la plus grande case ensuite.</p>
<p><a href="http://www.americansuburbx.com/2008/08/gallery-robert-adams.html"><img class="aligncenter size-medium wp-image-690" title="adamsr_newworld1" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/10/adamsr_newworld1.jpg?w=300&#038;h=239" alt="adamsr_newworld1" width="300" height="239" /></a></p>
<p>Ces lignes pourraient se retrouver au point de départ. Là où le récit a démarré, plutôt là où il s’est lentement constitué. D’abord des pensées, des idées éparses, impossibles à lier entre elles, images et phrases, morceaux de phrases que l’on reçoit ou que l’on déglutit sans le vouloir, sur les mains, à ne savoir qu’en faire. Plus tard, on les pense, plus tard on imagine, on trace des pistes, on s’organise, plus tard on déploie consciemment des lignes.<br />
Ces lignes qui se mettent en route à ce point zéro. Pas beaucoup plus en profondeur ; il n’est pas nécessaire de creuser bien loin pour parvenir là où la chair est encore à vif,  là où la terre est encore chaude. Au fond. La terre que ces lignes effleurent à présent. Les fondations.<br />
On a fait l’acquisition d’un terrain d’un peu plus de cinq cent mètres carrés, un terrain où l’herbe a été fraîchement fauchée. À la main ou avec une machine. Le sol que l’on mètre et que l’on marque. L’implantation de la construction. Avec des piquets et de la ficelle, on tire des cordeaux, on calcule des angles droits. On se souvient du théorème de Pythagore. Qui permet de mesurer la hauteur des pyramides.<br />
Entreprendre les fouilles. Fouiller. Creuser des fondations et rechercher les traces des civilisations anciennes. Le même mot : les fouilles. Sonder, trouer, pénétrer le sol pour bâtir une maison et retrouver le corps d’un homme mort il y a de longues années. Le même mot : les fouilles. Pas avec un couteau ni avec un pinceau, avec une pelleteuse. On Creuse le radier.<br />
On vérifie si la surface est bien plane à l’aide d’un niveau de maçon. On s’assure de l’équilibre des vases communicants. On prévoit les bêches périphériques et la bêche centrale du mur de refend.<br />
On pointe, on plante, on tend, on délimite, compte. On emprunte sur vingt ou trente ans.<br />
On espace, on soustrait, on enveloppe, on isole, on protège. On est d’accord pour deux, trois ou quatre enfants.<br />
On ferraille le radier avec des fers de huit ou dix millimètres. Qu’on  dispose dans le sens de la longueur puis de la largeur. Travail minutieux, la trame. Que va-t-il se tramer ? Où sommes-nous ? Quel est ce chantier ? Quel est ce corps que l’on vient d’évoquer ?<br />
On fait une pause, on laisse son esprit divaguer, on se demande ce qui va arriver.<br />
On accroche, on suspend, on pose, on tire, on superpose, on tisse, on tresse, tricote, on brode.<br />
On Coule le radier. S’assure que le béton n’est ni trop solide ni trop fluide. On le verse lentement. D’abord le mur de refend. Au milieu. Il s’agit de donner une base solide à la construction. Quand on coule le ciment. L’étale au fur et à mesure avec un râteau. On veille sans cesse au niveau. N’oublie rien au milieu de la dalle de béton. On fluidifie, on nage, on s’enfonce, on se noie, ne respire plus, on disparaît. Il faudra plus d’une heure pour rejoindre le bureau. Il faudra plus d’une heure pour revenir harassé.<br />
Au moment de s’attaquer aux soubassements. Il faut prévoir de tuyauter l’eau, le gaz, l’électricité. Tout ce qui courre en dessous et au dessus. Tuyaux, tubes, conduits, passages, voies, boyaux, artères, canaux, chemins, couloirs, souterrains. Secrets.<br />
On pose  et on colle la première rangée de briques avec soin. Puis après chaque alignement, on vérifie régulièrement le niveau. Un jeu d’enfant à présent. On Arrange, on ajuste, on nivelle.<br />
On pose minutieusement les linteaux. On fixe le plafond et pose les fenêtres. On installe les poutres. On peut prendre de la hauteur, peut-être ? On peut aplanir les difficultés, peut-être ?<br />
On  cloue des chevrons. Met en place les cloisons. Ferme les portes. On évite de se braquer. On recolle les morceaux.<br />
On apprend, on s’apprivoise, on se familiarise, on forme, on joint, on plâtre, on corrige, on exerce, on élève, on dresse, on coffre, décoffre, on façonne, on plante, on rabote, on rampanne, on isole, s’isole, on domestique, on réduit, on mate, on commande, on terrasse, on abat, on broie, on démolit, on ruine. Il faudra un peu de temps pour se faire des amis.<br />
Sanitaires et plomberie sont installés. On Carrelle. Lustré, on peut se voir dedans.<br />
Aimes-tu ce que tu y vois ?<br />
On efface, on cache, on dissimule, on camoufle, on  excuse, s’excuse, on  masque, on ment, on couvre, tuile. Ne manque que la télé, le mobilier, l’électroménager, les outils pour réfrigérer.</p>
<p>Le litre de lait qu’on vide dans de grands bols. Des litres de lait, des tartines de beurre, des mètres de pain, des kilos de viande, de légumes, de toutes autres choses. Dans les frigos, les congélateurs. Acheminés par coffre entiers, pleins à craquer. Il faut tenir plusieurs semaines, peut-être plus d’un mois. Des provisions pour l’hiver, des provisions pour le printemps, pour l’automne. Travail de fourmis, travail minutieux. La minutie de son père.  Qui note sur un carnet toutes ses dépenses, les plus importantes comme les plus petites. Lui semble de la pingrerie. Les unes après les autres, des colonnes de chiffres. La date, l’objet et la somme dépensée. Le père. Qui ne pourra pas se tromper, qui ne paiera pas deux fois la cantine des enfants, la facture d’électricité. Il peut le voir sur son petit carnet.<br />
Il ne tarde pas. A peine rentré du supermarché, sans même se dévêtir, va chercher son carnet dans le placard de la chambre, s’assoie dans la salle à manger et reporte la somme inscrite sur le ticket de caisse dans la dernière partie de son tableau.<br />
Son souffle quand il expire. De prendre les choses au sérieux, d’assumer son rôle de chef de famille. Ne semble pas douter une seconde du bien-fondé de ce qu’il fait. Aligner des colonnes de chiffres, remplir les pages de son petit carnet. Pas le choix. Avec son salaire et ses nombreux enfants.<br />
S’il oublie un achat, une somme importante, de la reporter sur son carnet, il finira par déraper. La crainte de perdre le contrôle. Un chèque oublié, un prélèvement inexpliqué, une facture inattendue. Immédiatement chercher une explication, trouver une solution. Vérifier sur les carnets rangés dans le placard de la chambre, classés par mois et par années. Combien ont-ils payé l’an dernier ? De quoi devront-ils alors se priver ?</p>
<p>Dans un pavillon de banlieue. Lotissement périurbain à plusieurs dizaines de kilomètres de la capitale. Maison préfabriquée choisie sur catalogue. Il lui semble se souvenir de la visite d’une maison témoin en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs.<br />
Il songe alors qu’il disposera de plus d’espace, d’une chambre pour lui, d’un grand jardin. En dessiner les plans, y disposer ses rêves. Avant de s’endormir dans leur chambre commune à son frère et à lui.<br />
Peu de temps après (une maison préfabriquée se décide vite, il suffit de disposer d’un terrain, il suffit de savoir où la mettre, une maison préfabriquée se construit vite), prendre conscience que ça ne va pas changer grand-chose.<br />
Un appartement de banlieue déplacé sur un bout de terrain. Seulement un espace réduit autour de la maison. Pas beaucoup plus grand que le logement HLM qu’on a quitté. Sur un rectangle de boue qu’il est difficile de distinguer des champs de labour qui l’entourent.<br />
Parce qu’il se souvient qu’il ne faisait pas beau le jour où il s’est retrouvé en famille devant la maison, les pieds dans la boue. La maison a alors l’air nue. Ils ont déjà tracé et asphalté la forme du lotissement où il va vivre. Deux minuscules places reliées sommairement l’une à l’autre ; deux cercles recouverts de maisons identiques ou presque.<br />
La plupart ne sont alors pas construites, quelques-unes encore en chantier, parfois seulement une pancarte sur laquelle on peut lire le nom du propriétaire ou celui de l’entreprise en charge de la construction.<br />
Une maison pas chère, mais tout de même payée sur vingt ans. Enfin débarrassés des mensualités peu de temps avant la retraite. Sur un terrain bon marché. Il n’existe pas encore d’autoroute construite à proximité. Ça viendra plus tard.</p>
<p>Même pas deux voies, une voie unique sur laquelle roule le car scolaire. Qui se serre lorsqu’un autre véhicule s’engage pour le croiser. Ralentit un peu, serpente quelques kilomètres dans un couloir de verdure, entre deux fossés profonds. Un bois mal entretenu, buissons, ronces, plantes grimpantes, herbes folles qui s’enroulent autour des arbres plus puissants. Qui finissent quand même par s’affaisser. Un indéfrichable fourbi qui encercle la route, interdit la fuite. Angles morts. Impossible de respirer. Jusqu’à une première clairière occupée ici où là par des bouquets d’arbres. Regroupés au milieu de champs cultivés. Qui gagnent ou perdent du terrain, difficile à dire.<br />
L’horizon s’élargit un peu. Un château d’eau de béton brut, d’autres maisons isolées, encore un peu en chantier, sans clôture, qui restent ouvertes sur la route. Qui s’élargit un peu, fait mine de laisser un peu de place. Sur le point d’être précipité dans le fossé. Où croupit l’eau des pluies de ces derniers jours.<br />
Une trois voies. Après un carrefour. Une route rectiligne où circulent des véhicules nombreux dans les deux sens. Surtout en sens contraire du car scolaire.<br />
Avec son père. Ses déplacements pour aller au travail et en revenir. En voiture. Plusieurs dizaines de kilomètres, presque une centaine. Ses parents se sont décidés à vivre loin du centre. Des kilomètres à faire. Migrations pendulaires de la périphérie vers le centre, du centre vers la périphérie. Plus de sécurité et de confort, pensent-ils.</p>
<p><img class="aligncenter size-medium wp-image-689" title="Sarcophage_centaure" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/10/sarcophage_centaure.jpg?w=225&#038;h=300" alt="Sarcophage_centaure" width="225" height="300" /></p>
<p>Quelque chose de mythologique. Des centaures. Le haut du corps d’un homme et les membres inférieurs d’un animal. Qui partent travailler tôt le matin, reviennent chez eux tard le soir.<br />
Une nouvelle théorie de l’évolution. De nouveaux  changements de mode de vie entraînent de nouveaux changements de morphologie.<br />
L’homme périurbain a développé anormalement ses muscles antérieurs. Le temps et les migrations spatiales font du tuning humain. Un modèle standard modifié, transformé. Comme la forme d’une ville. Pour se singulariser, s’imposer. Sur la route, les centaures. Se sont installés à quelques dizaine de kilomètres du centre, ont construit leurs habitations, se sont reproduits. Les centaures. Les centaures arpentent les réseaux urbains. Se déplacent nombreux, par groupes entiers. Aux mêmes heures. D’un point à un autre de l’agglomération. Des points qui croissent sans logique apparente, à mesure que les meutes s’agrandissent. Se suivent et s’encastrent par milliers sur la trois voies. Les centaures. A contresens.<br />
Une trois voies sur laquelle le car scolaire ne circule pas longtemps. Des champs. Et les silhouettes des tours de béton érigées au bout des champs. Des lignes encore mal définies, lointaines.</p>
<p>Ces lignes se heurtent aux clôtures. Aux clôtures devant les coffres clos des autos. Aux clôture autour des murs posés les uns à côté des autres. Aux clôtures contre les champs où les cultures se dressent.<br />
Dans le jardin, il exécute une pantomime immobile, la même plusieurs fois chaque semaine, sans mesurer le temps qu’elle prend. Il lui arrive parfois d’avancer de quelques pas, de projeter des diagonales (sèchement ou d’un geste plus ample selon que l’herbe est haute ou fraichement tondue), de viser les angles.<br />
A l’occasion, il déterre des vers blancs. Pas des lombrics, pas des longs qui serpentent, qu’on attrape à pleine main, les ongles recouverts de terre. Non, des brefs, des inégaux, des quarts ou des moitiés, qui ont perdu leur queue, des tuméfiés parce qu’ils ont pris des coups, qui crient et qui tonnent. Il les engouffre dans sa bouche, les aspire, les mâche, les plie, les écrase autant que c’est possible, le temps de pouvoir les recracher où il peut. S’il lui arrive d’en avaler, alors ils sont perdus et il préfère ne pas partir à leur recherche. Ils sont là où il a abandonné les autres. La décharge intérieure où ils s’entassent, ils s’accumulent à ne plus savoir qu’en faire. Jusqu’à ce que ça déborde, jusqu’à ce que ça empeste.<br />
Ces lignes se heurtent aux clôtures au dessus des fossés creusés le long des routes. Aux clôtures par-dessus les voies des trains qui jamais ne s’arrêtent. Des clôtures qui ne sont pas bien grandes, même pas menaçantes. On pourrait les enjamber sans difficulté, s’enfoncer courageusement dans les champs, après quelques efforts et se retrouver ailleurs. Pourtant il reste là. La crainte de ne pas savoir où aller, la peur de se perdre en chemin. Que la prose se déploie, libre et inégale, sans qu’on sache où elle conduit. De s’enfoncer entre les lignes comme dans des sables mouvants. Recouvert de multiple couches de boue, d’argile et de mots.<br />
Ces lignes se heurtent aux clôtures autour des édifices qui brulent. Aux clôtures éventrées par les phrases qui tranchent.</p>
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		<title>La jeune fille et la mort.</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 17:44:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[sous mes pas]]></category>

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		<description><![CDATA[Sévère édifice de pierre bâti au centre de la ville. Déployées, plusieurs dizaines de colonnes identiques,  formes cylindriques alignées les unes derrière les autres, qui semblent se confondre et leurs futs se réduire puis disparaitre l’un dans l’autre à l’horizon. Leurs chapiteaux liés entre eux par le mouvement sans cesse reconduit des arcs qui bouclent [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=682&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Sévère édifice de pierre bâti au centre de la ville. Déployées, plusieurs dizaines de colonnes identiques,  formes cylindriques alignées les unes derrière les autres, qui semblent se confondre et leurs futs se réduire puis disparaitre l’un dans l’autre à l’horizon. Leurs chapiteaux liés entre eux par le mouvement sans cesse reconduit des arcs qui bouclent le périmètre. Sévère édifice qui retient des vestiges prisonniers. Dans le bronze et la pierre pétrifiés. Des gestes interrompus, des gestes colorés. Que rarement les regards réveillent et animent.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-681" title="poussin-eliezer-et-rebecca" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/10/poussin-eliezer-et-rebecca.jpg?w=500&#038;h=289" alt="poussin-eliezer-et-rebecca" width="500" height="289" /></p>
<p>Le soleil est sur le point de se coucher. Il fait un peu moins chaud. Un groupe de femmes s’est aventuré en dehors de la ville pour aller y chercher de l’eau. Dans le puits, elle est encore fraiche et abondante. Elles en remplissent leurs jarres. S’attardent un peu avant de rejoindre celles-là leurs époux, celle-ci leurs parents, échangent quelques mots. Aperçoivent un cortège qui s’approche. Des étrangers, une dizaine de chameaux. L’un d’eux, plus richement vêtu, vient à leur rencontre. Sollicite pour ses amis, son troupeau et lui-même le droit de puiser de l’eau. Sans qu’il soit nécessaire d’ajouter plus de mots, la plus jolie d’entre elles, Rébecca, une jeune fille encore vierge et qui n’avait jamais échangé de mots doux ou de promesses avec aucun homme, s’empresse, sa cruche à la main, de lui donner à boire.<br />
<em>« Je l&#8217;ai interrogée, et j&#8217;ai dit: De qui es-tu fille? Elle a répondu: Je suis fille de Bethuel, fils de Nachor et de Milca. J&#8217;ai mis l&#8217;anneau à son nez, et les bracelets à ses mains. »<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em></p>
<p>Par-dessus le sévère édifice, à l’intérieur du périmètre. Le soleil lance ses rayons de midi sur l’une des façades de pierre, darde la peau d’une jeune fille qui, malgré la fraicheur de l’air, s’est un peu dévêtue. Au dessus de sa poitrine à peine découverte, sa peau est encore blanche. Elle se défend de la luminosité en abritant ses yeux derrière l’une de ses mains. Ne prête ni attention  à l’alignement des colonnes, ni à celui qui s’est assis à quelques mètres derrière elle. Qui ne quitte pas des yeux la surface lactée de sa nuque. N’osant pas s’approcher, n’ébauchant aucun geste dans sa direction. Effleurer du bout des doigts la surface de l’obélisque de son cou.<br />
Ce qu’il s’est dit. Difficile de se dire que ce geste est désormais impossible, captif du passé.<br />
« Si la femme ne veut pas te suivre, tu seras dégagé de ce serment que je te fais faire. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p>En 1824, lorsqu’il compose le quatuor cordes dit « la jeune fille et la mort », Franz Schubert est malade depuis déjà plusieurs années. L’histoire ne dit pas si, avant de se mettre au travail sur la partition de l’œuvre, son regard s’est pour un instant posé sur la nuque d’une jeune femme. Il s’éteindra quatre ans plus tard, le 19 novembre 1828.</p>
<p><a href="http://www.deezer.com/listen-3406032">listen-3406032</a></p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> <strong>Genèse XXIV.</strong></p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> <strong>Genèse XXIV.</strong></p>
  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/laviedangereuse.wordpress.com/682/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/laviedangereuse.wordpress.com/682/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/laviedangereuse.wordpress.com/682/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/laviedangereuse.wordpress.com/682/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/laviedangereuse.wordpress.com/682/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/laviedangereuse.wordpress.com/682/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/laviedangereuse.wordpress.com/682/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/laviedangereuse.wordpress.com/682/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/laviedangereuse.wordpress.com/682/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/laviedangereuse.wordpress.com/682/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=682&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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		<pubDate>Fri, 09 Oct 2009 21:54:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[sous mes pas]]></category>

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		<description><![CDATA[
Même si le retour pourrait ne plus être assuré. Je quittais d’un bond le quai du bassin de la Villette et rejoignais le pont. Sans le moindre bagage, sans un seul compagnon.
Même si le ciel était gris et chargé, même si l’orage menaçait. Me dressais sur la perche à moitié immergée et manœuvrais l’étroite embarcation.
Même [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=675&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><img class="aligncenter size-medium wp-image-674" title="canal" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/10/canal.jpg?w=300&#038;h=201" alt="canal" width="300" height="201" /></p>
<p>Même si le retour pourrait ne plus être assuré. Je quittais d’un bond le quai du bassin de la Villette et rejoignais le pont. Sans le moindre bagage, sans un seul compagnon.<br />
Même si le ciel était gris et chargé, même si l’orage menaçait. Me dressais sur la perche à moitié immergée et manœuvrais l’étroite embarcation.<br />
Même si le retour pourrait ne plus être assuré. Je fuyais la cité et ses bâtisses en flammes. Plus rien ne me retenait, pas même les yeux d’une femme.<br />
Même si le voyage semblait homérique. La barque glissait et se faufilait sous le fracas du boulevard périphérique. Echappant aux regards des centaures qui faisaient faire à leurs centauresses un tour d’auto.<br />
Même si le retour pourrait ne plus être assuré. Des grands moulins de pantin, je dépassais la silhouette inoffensive. Polis qu’ils étaient pour ressembler aux immeubles de bureaux ultramodernes des villes.<br />
Même si parfois le navire tanguait sous une vague de larmes. Des bras invisibles halaient et mon chagrin s’en allait.<br />
Même si le retour pourrait ne plus être assuré. Sur mon passage, j’effaçais le sillage, la moindre trace d’écume dans l’eau.<br />
Même si la faim et la soif menaçaient. Je buvais du canal l’eau glacé qui avait alimenté autrefois les fontaines de la ville. La ville dont les murs brulaient à présent, brulaient à la lueur de mon ressentiment.<br />
Même si le retour pourrait ne plus être assuré. Je franchissais une à une les écluses, je dépassais les ponts. Le pêcheur racontait qu’à l’autre bout de la ligne, on traversait une forêt où l’Ourcq cessait d’être un canal et devenait une rivière.<br />
Même s’il était difficile alors d’ajouter foi à ce présage. Peut-être que des yeux s’y réfléchissaient après tout, peut-être que des mains y plongeaient pour ramasser les messages.</p>
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		<title>François Bon / ville dessus, ville dessous</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Oct 2009 05:57:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[Vases communicants]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce premier vendredi du mois d&#8217;octobre, François Bon me fait l&#8217;amitié de prendre ma place sur ses pages de la Vie dangereuse. Et il m&#8217;invite à en faire autant dans son Tiers-Livre. Là-bas ça s&#8217;appelle Instructions pour les nuits à venir.
Cet échange croisé participe aux Vases Communicants, initiative lancée le premier vendredi de juillet par  Tiers-Livre et Scriptopolis, relayée [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=625&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><em>Ce premier vendredi du mois d&#8217;octobre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/">François Bon</a> me fait l&#8217;amitié de prendre ma place sur ses pages de la Vie dangereuse. Et il m&#8217;invite à en faire autant dans son <a href="http://www.tierslivre.net/">Tiers-Livre</a>. Là-bas ça s&#8217;appelle <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1894"><strong>Instructions pour les nuits à venir</strong>.</a><br />
Cet échange croisé participe aux <a href="http://www.facebook.com/pages/Lulu-et-les-Autres/130407404342#/group.php?gid=104893605886&amp;ref=ts">Vases Communicants</a>, initiative lancée le premier vendredi de juillet par  Tiers-Livre et <a href="http://www.scriptopolis.fr/">Scriptopolis</a>, relayée par <a href="http://blog.liminaire.fr/">Pierre Ménard</a> et qui rebondira <a href="http://www.netvibes.com/laviedangereuse#Entre_les_lignes">aill</a><a href="http://www.netvibes.com/laviedangereuse#Entre_les_lignes(2)">eurs</a> tous les premiers vendredi du mois.</em></p>
<p>________________________________________________________</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-630" title="maisons1" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/10/maisons11.jpg?w=500&#038;h=333" alt="maisons1" width="500" height="333" /></p>
<p>C’est donc ce qu’ils disaient, mais on pouvait partout vérifier que c’était vrai : à chacune de ses maisons proprettes, aux murs de bois peint, aux fenêtres discrètes, avec porte d’entrée sous avant-toit et de la place auprès pour les voitures, correspondait exactement le même espace souterrain.<br />
On entrait, on visitait : l’escalier en général donnait près de la cuisine, en bas c’étaient des chambres, des rangements, l’armature mécanique de la maison, chauffage et traitement du linge, outils et bricolages.<br />
Qu’on enlève l’étage du dessus, et elles auraient ressemblé à quoi, les villes ?<br />
Mais qui empêchait  ?<br />
C’est la façon dont les villes occupaient ici l’espace, que soudain on comprenait. Il n’y aurait eu qu’à tirer ce qui dépassait du sol, c’était interchangeable. On posait juste l’habitacle du dessus sur une autre des bases cimentées avec escalier de bois.<br />
Et qu’on souhaite éliminer une ville ? On recouvrait de terre, on oubliait les rues, et eux, dessous, ils continuaient.<br />
Vous vous étonnez de longer si longtemps ces étendues vides ? Les maisons sont dessous, des hommes y vivent. Vous vous étonnez de ces maisons de bois disposées là, au bord des rivières, dans une parcelle mal éclaircie de forêt ? On a juste tiré là cette demie maison du haut.<br />
On vivait autrement, dans les parties basses : on avait à manger, et des machines. C’est là qu’on avait les ordinateurs, les prises réseau. Là qu’on communiquait avec les autres maisons plus loin. Dans la partie haute, facile de recevoir des amis, facile d’installer une cuisine comme toutes les cuisines, une télévision dans un salon comme tous les salons avec télévision. Pour cela qu’on s’imaginait que dans ce continent toutes se ressemblaient tellement : façade.<br />
On disait que les grandes villes, ces assemblages de ciment montant au haut du ciel, c’était juste la somme de ces parties basses, qu’on avait rejointes. On disait que cette façon si rangée de se déployer au long des routes, et même loin à l’horizon du pays, pelouses bien peignées et animaux de plâtre, gravillons pour la voiture, c’était seulement l’indication, qu’on voulait même trompeuse, pour se protéger, des coques de bois avec cuisine, porte d’entrée et téléviseur qu’on faisait glisser, les permutant régulièrement, sur la lourde coque basse de ciment, elle habitée.<br />
J’y avais pris goût, moi aussi, à ces sous-sols. On s’y activait en tranquillité et sérénité, la lumière y était égale, le bruit à peine le ronronnement de fond des appareils. Et qui vous aurait trouvé là : la ville était double, une dessus, une dessous, mais la vie était dessous. Les livraisons, les accumulations : dessous. Les toits colorés, les jolies boîtes aux lettres : dessus.<br />
Et ceux qui n’avaient maison, ni dessus, ni dessous : qu’ils rejoignent les empilements des rues. Cela ne nous concernait plus, nous concernait si peu.</p>
<p align="right">François Bon | www.tierslivre.net</p>
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		<title>Variations au réveil</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Sep 2009 19:42:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[sous mes pas]]></category>

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		<description><![CDATA[
Le réveil sonne à 6 heures 50. L’heure à laquelle je l’ai programmé la veille. Je me déplace courbé sur le lit pour ne pas heurter de la tête le plafond qui se trouve à 50 centimètres. Descends avec prudence les 90 qui me séparent du sol. Remets en place le plomb qui déclenche le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=620&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><img class="aligncenter size-medium wp-image-619" title="P28-09-09_20.12[02]" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/09/p28-09-09_20-1202.jpg?w=225&#038;h=300" alt="P28-09-09_20.12[02]" width="225" height="300" /></p>
<p>Le réveil sonne à 6 heures 50. L’heure à laquelle je l’ai programmé la veille. Je me déplace courbé sur le lit pour ne pas heurter de la tête le plafond qui se trouve à 50 centimètres. Descends avec prudence les 90 qui me séparent du sol. Remets en place le plomb qui déclenche le néon. Me rends pieds nus jusqu’à la salle de bain. Soulève du bout des doigts la lunette des toilettes. A distance de la poussière, des poils et des autres résidus qui se sont accumulés depuis plusieurs semaines sur la cuvette, le réservoir et la tuyauterie. Fais couler l’eau de la douche jusqu’à ce qu’elle soit à la bonne température. Referme le rideau pour qu’aucune goutte ne se répande sur le sol. Me savonne avec un savon liquide dermoprotecteur à pH neutre, m’avance de quelques centimètres parce que le rideau s’accroche à ma peau savonnée. Prends la serviette, essuie l’ensemble du corps, un pied puis l’autre avant de le reposer sur le sol. M’habille. Allume le pc pour écouter les nouvelles à la radio. Verse une cuillérée de café instantané pur arabica dans une tasse d’eau chaude. Avale sans faim quatre toasts grillés. Me lave les dents avec une patte qui aide à lutter contre les caries et garde les gencives saines. Enfile ma veste de cuir et prends mon sac sur l’épaule. Quand je déverrouille la porte et l’ouvre, le couloir est encore dans l’obscurité.</p>
<p>Le réveil sonne à 6 heures 50. L’heure à laquelle je l’ai programmé la veille. Je suis éveillé depuis plusieurs heures. J’ai même l’impression de l’avoir été la nuit entière. Ne me lève pas de suite. Prends le temps d’éprouver mon souffle. Demeure allongé au moment de le mettre en action. Laisse l’air pénétrer puis s’échapper lentement de ma bouche. En laisse un peu sur le bout des lèvres. Le goût du jour. Evalue l’espace dans lequel je me retrouve. Cherche à me convaincre que je me trouve à ma place. Entre ces murs, sous le plafond. Dans les limites d’une existence. Réduit pour quelques temps, peut-être plus. M’efforce de ne pas revenir trop loin en arrière. Debout, glisse ma main sur ma peau sans m’enfoncer trop en profondeur. Demeure à la surface du derme d’un geste lent, presque ralenti. Pour ne pas tomber. Assis, mâche et avale consciencieusement de minuscules bouchées l’une après l’autre. En écoutant distraitement les nouvelles. Prends la précaution de me couvrir pour ne pas avoir froid. Quand je déverrouille la porte et l’ouvre, le couloir est encore dans l’obscurité.</p>
<p>Le réveil sonne à 6 heures 50. L’heure à laquelle je l’ai programmé la veille. Dans le noir, je l’entends mais je ne le vois pas. Un bruit étouffé. Clandestin. Quelque part sous les draps. Puis plus rien. Semble se terrer sous mon dos. A l’intérieur de mon ventre. Son mouvement pour remplir mon estomac puis tout mon torse. Me dévore tout entier. Reflue. Je souffle un peu pour qu’il s’amenuise encore, se contracte, je l’espère, pour le reste de la journée. Il geint à nouveau un peu lorsque mon corps se dénude sous la lumière du néon. Un sanglot étouffé dans la serviette de coton. Apprends à se cacher, fais mine de ne plus être là. Ronronne discrètement lorsque je l’alimente. Croque chaque morceau en prenant son temps. Pour faire durer. Semble s’endormir à l’écoute des bribes d’informations. Je l’oublie quelques minutes. Quand je déverrouille la porte et l’ouvre, le couloir est encore dans l’obscurité.</p>
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		<title>Chez les arbres des villes</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Sep 2009 09:03:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
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Chez les arbres de villes, on se dénude dès les premiers jours de l’automne. Pas la peine d’attendre qu’il pleuve ou qu’il vente. Autant le faire au soleil, profiter de ces derniers instants, de ces dernières caresses. A quoi servirait de s’entêter quelques jours, quelques semaines de plus. Chez les arbres de villes, les plus [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=615&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><img class="aligncenter size-medium wp-image-616" title="P25-09-09_17.59[01]" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/09/p25-09-09_17-5901.jpg?w=235&#038;h=300" alt="P25-09-09_17.59[01]" width="235" height="300" /></p>
<p>Chez les arbres de villes, on se dénude dès les premiers jours de l’automne. Pas la peine d’attendre qu’il pleuve ou qu’il vente. Autant le faire au soleil, profiter de ces derniers instants, de ces dernières caresses. A quoi servirait de s’entêter quelques jours, quelques semaines de plus. Chez les arbres de villes, les plus nombreux ont conservé les vieilles habitudes des forêts. Se moquent qu’on ramasse leurs feuilles pour les jeter dans une benne. Ils attendront comme les autres pour se rhabiller que le printemps revienne. Les arbres des villes, ce qu’ils aiment c’est avoir de la place, encore plus en banlieue qu’au centre-ville. Même si les conversations se font plus rares à mesure que le temps passe, à chaque fois que l’un d’entre eux les quitte. Regarder des jours entiers les piétons qui passent sans jamais lever leurs yeux. Parmi les arbres des villes, déjà certains cherchent à se singulariser. Ils trouvent démodés les usages des forêts. N’ont pas envie de s’y conformer. On voit ainsi ces jours derniers certains se dégarnir d’un côté et fleurir de l’autre. Au moins cela attire les regards. Ou alors ils hésitent. Ne savent pas bien s’il faut encore espérer ou se faire une raison et abandonner. Quoi qu’il arrive, on dit que l’hiver ne sera pas bien froid.</p>
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		<title>4X4</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Sep 2009 06:56:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[1]]></category>
		<category><![CDATA[sous mes pas]]></category>

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		<description><![CDATA[
sous la lune
le faune
s’est tu
quelques instants
sur les branches
seules les feuilles vibrent
lorsque souffle
le vent
dans le bois
une fée
passe et lui rend
sa voix
petite musique
reprends
mon cœur bat
à contretemps
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			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><img class="aligncenter size-thumbnail wp-image-612" title="P22-09-09_19.36" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/09/p22-09-09_19-363.jpg?w=112&#038;h=150" alt="P22-09-09_19.36" width="112" height="150" /></p>
<p>sous la lune<br />
le faune<br />
s’est tu<br />
quelques instants</p>
<p>sur les branches<br />
seules les feuilles vibrent<br />
lorsque souffle<br />
le vent</p>
<p>dans le bois<br />
une fée<br />
passe et lui rend<br />
sa voix</p>
<p>petite musique<br />
reprends<br />
mon cœur bat<br />
à contretemps</p>
  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/laviedangereuse.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/laviedangereuse.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/laviedangereuse.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/laviedangereuse.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/laviedangereuse.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/laviedangereuse.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/laviedangereuse.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/laviedangereuse.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/laviedangereuse.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/laviedangereuse.wordpress.com/603/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=603&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>ZOOS</title>
		<link>http://laviedangereuse.wordpress.com/2009/09/09/zoos/</link>
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		<pubDate>Wed, 09 Sep 2009 17:09:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danyack</dc:creator>
				<category><![CDATA[CHAROGNE]]></category>

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		<description><![CDATA[-          Quelle heure est-il ?
-          Presque quinze heures.
-          On est où ?
-          Porte Dorée. De chaque côté, à droite et à gauche, ce sont les maréchaux. Ce sont des boulevards qui font le tour complet de paris et on les appelle ainsi parce qu’ils portent tous des noms de maréchaux de l’Empire.
-          L’Empire ?
-          Le premier. Napoléon, Bonaparte. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laviedangereuse.wordpress.com&blog=2493631&post=589&subd=laviedangereuse&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>-          Quelle heure est-il ?</p>
<p>-          Presque quinze heures.</p>
<p>-          On est où ?</p>
<p>-          Porte Dorée. De chaque côté, à droite et à gauche, ce sont les maréchaux. Ce sont des boulevards qui font le tour complet de paris et on les appelle ainsi parce qu’ils portent tous des noms de maréchaux de l’Empire.</p>
<p>-          L’Empire ?</p>
<p>-          Le premier. Napoléon, Bonaparte. Derrière, c’est l’avenue Daumesnil.</p>
<p>-          On pourra manger au Macdo après ?</p>
<p>-          On verra.</p>
<p>-          Et cette place, c’est quoi ?</p>
<p>-          Je ne sais pas comment elle s’appelle…on va monter dans cette direction.</p>
<p>-          Pourquoi ont-ils planté tous ces palmiers ? C’est ridicule.</p>
<p>-          Un peu, c’est vrai. Sans doute pour assortir la place avec le Palais situé plus haut.</p>
<p>-          Quel palais ?</p>
<p>-          L’imposant bâtiment que tu vois là-bas. Il date des années trente et il a été inauguré pour l’exposition coloniale de 1931. Tu sais ce que c’est une exposition coloniale ?</p>
<p>-          Oui, c’était comme une grande foire dans Paris pendant laquelle on reconstituait la vie dans les colonies françaises d’Afrique et d’Asie. En classe, on l’a étudié. Il parait même qu’il y avait des zoos humains.</p>
<p>-          C’est vrai. Leur dessein était de montrer au public parisien tout le bénéfice qu’on tirait de la politique de colonisation. Et, au-delà de son aspect spectaculaire, l’exposition étalait surtout l’ensemble des ressources matérielles, des produits, des matières premières que les colons français extorquaient à leurs colonies. Regarde la façade du palais de ce côté. Qu’est-ce que tu lis ici ?</p>
<p>-          Coton, cacao, cobalt.</p>
<p>-          Un exemple de ce qu’on ramenait des colonies. Et là ?</p>
<p>-          Conakry, Abidjan, Alger…</p>
<p>-          Des ports où transitaient les échanges entre la France et ses colonies.</p>
<p>-          C’est beau…je vais prendre une photo.</p>
<p>-          Tu as amené ton appareil numérique ? Tu sais, tu trouverais sur le net toutes les images dont tu as besoin. Récentes ou anciennes. Y compris des photographies du temps de l’exposition coloniale.</p>
<p>-          On avait déjà inventé la photographie ?</p>
<p>-          La photographie existe depuis le milieu du 19<sup>ème</sup> siècle.</p>
<p>-          Ce sont des preuves. Des preuves qui certifie que ces expositions ont bien eu lieu. Les zoos humains aussi.</p>
<p>-          En l’occurrence, ce sont surtout des cartes postales. Que les visiteurs devaient envoyer à leurs cousins de province pour leur montrer ce qu’ils avaient découvert lors de leur visite de la capitale. Ces images ne nous disent rien de la manière dont les visiteurs recevaient ce spectacle à l’époque. Probablement que ce que tu appelles les zoos humains n’avaient rien de scandaleux pour eux. Tout ça, les images ne nous le montrent pas. Au mieux, elles confirment ce qu’on peut lire dans les récits, les témoignages de cette époque. Quant aux images numériques que tu veux réaliser avec ton appareil, elles ont peut-être encore moins, ou pas plus, valeur de preuves que les photos qu’on prenait à l’époque. Ce ne sont que des suites numériques, des 1 et des 0, en fait un fichier informatique comme un autre. Et quand tu l’ouvres, sur l’écran de ton ordinateur,  tu vois parfois l’image se reconstituer, flou puis plus nette. C’est seulement à ce moment que tu peux voir à l’œil nu la vraie nature de cette image. Les pixels. Une image de ce type, elle ne t’apprendra rien du bâtiment qui se trouve dans ton viseur. Pas plus des rochers qu’on aperçoit là-bas.</p>
<p>-          Qu’est-ce que c’est ?</p>
<p>-          Le zoo de Vincennes. On t’y a emmené lorsque tu étais plus petite. A plusieurs reprises. Ce qu’on voit entre les arbres, c’est probablement le rocher des singes. L’entrée est de ce côté et ce sont les singes qu’on visite en premier. Ou celui qui surplombe le plateau des fauves…je ne sais plus. Des fauves qu’on peut apercevoir sans être gêné par des grilles ou des barreaux. Parce qu’ils sont séparés du public par de profonds fossés. C’était nouveau pour l’époque. Les premiers visiteurs devaient être impressionnés. S’ils ne dormaient pas comme je les ai souvent vus le faire.</p>
<p>-          Ils l’ont aussi ouvert pour l’exposition universelle ?</p>
<p>-          Oui. Enfin, il y avait d’abord un zoo provisoire qu’ils ont construit en dur par la suite. Quand j’étais enfant, on m’a raconté que mon grand-père avait participé à la construction du zoo. Je n’ai jamais su si c’était vrai.</p>
<p>-          Il construisait quoi ?</p>
<p>-          Le Grand rocher qu’on aperçoit au dessus des arbres. C’est du béton, cinq centimètres coulé sur des treillis métalliques, du béton armé. Recouvert d’une peinture gris-vert. Avec des irrégularités, des bosses qui donnent l’illusion d’un vrai rocher. Autrefois, on voyait des mouflons l’escalader.</p>
<p>-          Là haut ?</p>
<p>-          Oui. Petit, ce paysage…les animaux, cette montagne dont je n’apercevais pas le sommet…tout cela m’impressionnait. Quelque chose d’exotique, de sauvage. Impossible à imaginer aux portes de Paris. Ça ressemblait aux images en noir et blanc des films de Tarzan. Ceux avec Johnny Weissmuller. Tournés à la même époque que l’exposition coloniale. Le même décor, factice et mystérieux, que les explorateurs blancs escaladent avec leurs porteurs indigènes. C’est ainsi qu’on devait imaginer la vie primitive. Dans les années Trente. Des années durant lesquelles de nombreux jardins zoologiques voient le jour. Partout en Europe. Partout en Europe, ils accompagnent l’essor des empires coloniaux. Derrière les murs, derrière les grilles se jouent leur représentation. Des échantillons de l’aventure coloniale. Comme autant de trophées. Capturés, transportés puis enfermés, rangés par espèces, étiquetés et montrés.</p>
<p><img class="aligncenter size-medium wp-image-588" title="img120za0" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/09/img120za0.jpg?w=300&#038;h=288" alt="img120za0" width="300" height="288" /></p>
<p>-          Depuis les années trente, le zoo n’a pas changé ?</p>
<p>-          Probablement que non. Pas plus que d’autres zoos en Europe. Celui de Dudley par exemple, à l’ouest de l’Angleterre. Edifié en 1935 d’après les plans de Berthold Lubetkin. Un architecte d’origine russe initié au constructivisme et déjà le concepteur de plusieurs pavillons du zoo de Londres. Des angles, des courbes, des formes simples et épurées qui ne doivent pas interférer entre les fauves et le public. Des ouvriers des Midlands et leurs familles venus se divertir le dimanche. Richard Billingham, lui-même originaire de Dudley, a photographié ces enclos de béton. Presque vides. Sans mettre en valeur le spectacle des pensionnaires du jardin zoologique. Qu’on n’aperçoit pas, ou de loin. Ne reste que les hauts murs, les murs épais et les grilles, l’ensemble du dispositif de contrôle et d’enfermement. Nu et sinistre.</p>
<p><a href="http://www.benflatman.com/Richard%20Billingham/Richard%20Billingham.html"><img class="aligncenter size-medium wp-image-590" title="dudley_bear_ravine" src="http://laviedangereuse.files.wordpress.com/2009/09/dudley_bear_ravine.jpg?w=300&#038;h=227" alt="dudley_bear_ravine" width="300" height="227" /></a></p>
<p><a href="http://www.benflatman.com/Richard%20Billingham/Richard%20Billingham.html"></a></p>
<p>Ce zoo, Richard Billingham le visitait enfant. Avec sa mère une fois par an. Qui prenait en photo le spectacle des animaux prisonniers derrière leurs enclos. Des clichés naïfs, pensera-t-il plus tard. Clichés qu’il prendra à son tour du corps tatoué de sa mère, du corps de son père, usé et imbibé par l’alcool, des traces de seringues sur le corps de son frère. «<a href="http://www.americansuburbx.com/2008/11/richard-billingham-rays-laugh.html"> <strong>Ray’s a laugh </strong></a>». Manière peut-être de communiquer avec eux, manière aussi de dire d’où il vient. Plus simple d’en garder une image, plus simple de le dire avec des images. Avec des mots, c’est plus difficile, difficile de transmettre. Les secrets intimes, les secrets de famille, plus que les savoirs.<br />
Ce dialogue, il n’a peut-être jamais eu lieu, ou alors il s’y est dit moins de choses, ou pas comme ça. Les conventions du dialogue. Conventions et artifices. Qu’il s’agit aussi de mettre en lumière. Le décor du dialogue et du zoo.</p>
<p>-     Il est en mauvais état ton décor. Regarde ce rocher éventré.</p>
<p>-          C’est vrai. On voit l’armature sur laquelle on a coulé le béton. L’envers du décor.</p>
<p>-          Le zoo est fermé ?</p>
<p>-          Pour travaux. Pas sûr qu’il rouvre un jour. Des morceaux de rochers se détachaient à certains endroits. Il y avait danger. Ils ont été dans l’obligation de fermer.</p>
<p>-          Et les animaux…les singes, les lions, les éléphants, ils les ont mis où ?</p>
<p>-          Je ne sais pas. S’ils étaient encore là, je pense qu’on les entendrait. Les singes au moins. Je ne sais où ils ont bien pu les mettre.</p>
<p>-          C’est marrant, on sent encore leur odeur.</p>
<p>-          Une odeur tenace, oui. Ce sont peut être leurs tanières, les rochers qui ont conservé leurs odeurs.</p>
<p>-          Ah, il y des rats qui passent à travers la grille.</p>
<p>-          Voilà au moins des fauves qu’ils n’ont pas évacués…Nous voilà arrivés à l’autre entrée.</p>
<p>-          Qu’est-ce qu’on voit là-bas ?</p>
<p>-          C’est la grande volière. Derrière le Grand rocher.</p>
<p>-          Je vois quelque chose qui bouge à l’intérieur.</p>
<p>-          En effet, on dirait un vautour. En voilà un qui est toujours là.</p>
<p>-          Il y en a deux autres. Ici et là.</p>
<p>-          Je les vois. Raides sur leurs pattes. Sinistres bestioles. Dans les films, voir voler un ou plusieurs de ces oiseaux est un mauvais présage. Qui annonce une mort imminente. La victime ne le sait pas, mais pour le charognard il est déjà mort.</p>
<p>J’ignore pourquoi, mais cela me fait penser à des images d’une performance de Joseph Beuys. <a href="http://vimeo.com/5104916"><strong>I like America an America likes me</strong></a>. A New-York en 1974. La même année, la Guerre du Vietnam prend fin. On le voit prisonnier de la même cage qu’un coyote. Il lit le journal, le Wall Street Journal, sur lequel ensuite l’animal urine. Il se cache sous une couverture avec sa canne qui dépasse. Ressemble lui-même à un animal. Un animal étrange. Qui joue avec le coyote. Leurs jeux, leurs déplacements dans la cage. Beuys était pilote de la Luftwaffe sur le front russe pendant la Seconde Guerre Mondiale et s’est écrasé en Crimée. Il raconte qu’il aurait été recueilli par des tatares et soigné par un chamane. Avec du miel, de la graisse animale et recouvert dans d’épaisses couvertures de feutre. Après, il n’a cessé de jouer le rôle de la conscience de l’Occident. A mettre en lumière toute la violence cachée. Les preuves de notre bestialité dans l’histoire. Il racontait être né à Clèves, j’ignore pourquoi. Il était né à Krefeld, en Rhénanie. Il y a un zoo connu à Krefeld.</p>
<p><a href="http://vimeo.com/5104916">Joseph Beuys- I like america and america likes me</a> from <a href="http://vimeo.com/zazie">zazie</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
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