La vie dangereuse

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VOYAGES EN BARBARIE. Chapitre six.

mars 3, 2008 · Laisser un commentaire

Où notre héros prend la mesure de l’insécurité grandissante.

6788…6789…6790…jamais il n’a fait autant de pas, jamais il n’a mis ses chaussures à aussi rude épreuve. Il observe l’état des coutures des parties fraichement ravalées par son cordonnier. Incontestablement, leur solidité est avérée.

En levant la tête, il aperçoit la silhouette des tours dressées devant eux. A distance, elles paraissaient avoir été plantées au hasard, mais à mesure qu’ils progressent, pénètrent dans la cité, il lui semble qu’elles sont disposées autour d’eux selon un plan bien précis. Disposées de manière circulaire comme les pattes larges et puissantes d’un animal inconnu, piliers immobiles d’un monstre assoupi dans les nuages qu’il vaut mieux ne pas réveiller.
Notre héros s’apprête de nouveau à combattre la bête, mais son écuyer tempère ses ardeurs en l’informant que sa mère loge au neuvième étage de l’un des membres inférieurs de la créature.

Un grondement lointain. Difficile à identifier. Ce qui pourrait être le frottement des ailes d’un insecte si il en existait des espèces démesurées. Plus vraisemblablement le bruit d’un engin de travaux publics. Il fait déjà nuit mais il n’est pas si tard. De nombreuses fenêtres sont éclairées. Des cases jaunes ou blanches disposées aléatoirement. Un jeu de stratégie.

Le bourdonnement se fait plus intense. Des sifflements l’accompagnent. Quatre nouveaux briards rejoignent notre héros et son compagnon qui visiblement les connaît. Sourds tous les cinq (les écouteurs sur les oreilles), ils communiquent avec les yeux. L’intensité de leurs regards ne rassure pas notre héros. Pas sûr qu’ils soient enfin sortis d’affaire, pense-t-il. Pourtant, deux d’entre eux proposent de le raccompagner jusqu’à la gare RER, afin qu’il puisse rentrer chez lui. A nouveau, notre héros est agréablement surpris de leur bienveillance à son endroit.

Le bruit se rapproche à présent. Du bout de la rue, un point lumineux grandit en se dirigeant vers eux. Le son semble familier à notre héros. A son compagnon aussi. Quelques secondes et le vélomoteur disparu dans le parking du centre commercial défile à pleine vitesse devant leurs yeux. Deux inconnus sont posés dessus comme notre héros et son compagnon l’étaient il y a des heures de cela.

Ils filent jusqu’au rond point. Reviennent sur leurs pas. Ils ne sont plus seuls. Une voiture, deux, trois voitures de police les ont pris en chasse. Ils en arrivent d’autres de l’autre côté. L’écuyer fait reculer notre héros. Le vélomoteur dérape et percute violemment une des autos. Des policiers sortent de leurs véhicules brassard au bras. Ils ont vu notre héros et ses compagnons. Avancent dans leur direction.

Notre cavalier et intellectuel républicain a beau les rassurer, ses compagnons préfèrent fuir plutôt que d’attendre qu’on leur lise leurs droits. Une course poursuite s’engage. Notre héros ne comprend pas ce que les forces de l’ordre ont à reprocher à son écuyer. Qui s’est fait attrapé et reçoit, alors qu’il est couché sur le sol, plusieurs coups de pieds dans le ventre. Un autre agent les rejoint maintenant. Avec son bâton, frappe le jeune homme à plusieurs reprises.

Notre héros ne fait plus aucun geste, demeure les yeux rivés vers celui qui l’a conduit jusqu’ici. Ne voit pas ses yeux dans le noir, ignore si il est encore conscient.

Entend une explosion derrière lui, se retourne et aperçoit une auto qui brûle. Des jeunes briards plus nombreux jettent des projectiles en direction des forces de l’ordre. Qui répondent avec leurs fusils à balles en caoutchouc. Plusieurs détonations. Le hurlement des sirènes soulève le cœur de notre héros.

A cet instant précis, il serait disposé à tout pour retrouver sa monture et fuir ce monde plein de bruit et de fureur. Me demande de mettre fin à cette histoire.


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VOYAGES EN BARBARIE. Chapitre cinq.

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

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Où notre héros prend le temps de philosopher.

« J’appelle pures (dans le sens transcendantal) toutes représentations où l’on ne trouve rien qui se rapporte à la sensation. La forme pure des intuitions sensibles en général dans laquelle tout le divers des phénomènes est perçu, par intuition sous certains rapports, est donc à priori dans l’esprit. »

Quelle est la forme pure, à priori, des céréales qui reposent dans leurs boites, de marques et de couleurs diverses, alignées sur les trois niveaux de la gondole devant laquelle notre héros attend que son compagnon ait fait son choix ? Dans sa perception de l’espace du rayon, qu’est-ce qui relève de la sensation (de l’illusion, pense-t-il) et qu’est-ce qui appartient à l’intuition pure, aux principes à priori de sa sensibilité ? Cela vaut-il la peine de se poser de telles questions ?

Les femmes et les hommes qui circulent dans les allées du supermarché en poussant leurs caddies pleins à craquer, ceux qui s’entassent devant les caisses ont-ils conscience de l’absurdité de leur conduite ce samedi après-midi ? Se posent-t-ils seulement quelques instants la question ? Rien ne semble l’indiquer, pourtant la durée de l’attente aux caisses leur laisse largement le temps de le faire. Ou peut-être pas.

Difficile de penser, plongé dans le bruit répété de l’enregistrement des produits à la caisse qui se mêle à une musique indéterminée. Le bourdonnement continu de la grande surface comme celui d’une ruche débordant d’activités. Les couleurs et les luminaires semblent vouloir reproduire, sur les milliers de mètres carrés du centre commercial, la lumière solaire, pourtant il règne sur ces lieux une atmosphère complètement irréelle.

Une ambiance de fête foraine avec ses manèges et ses auto-tamponneuses. Des couples qui se consultent sur les plats déjà préparés qui raviraient l’un ou l’autre, des familles qui cherchent à faire plaisir aux enfants. D’ailleurs, minuscules fourmis qui circulent entre des murs de produits entassés jusqu’au dessus de leurs têtes, tous ont l’air d’enfants, émerveillés et inquiets à la fois, trop contents d’être parvenus dans ce monde fabuleux. Où Personne ne veut repartir les mains vides.

Le jeune briard a promis à sa mère de lui faire, en chemin, quelques courses. Notre héros n’en dit rien, mais il est assez touché de cette manifestation d’amour filial. Il trouve cela particulièrement chevaleresque. La noblesse de cœur, pense-t-il, ne se trouve pas forcément où l’on s’attend à la trouver.

Ils conduisent le double panier sur roulettes à moitié vide jusqu’à la caisse destinée aux clients peu chargés, prennent leur mal en patience. Enfin, surtout notre héros, parce que son compagnon n’a toujours pas quitté ses écouteurs ; ce qui ne l’empêche pas, par moments, de lui adresser quelques mots, brefs mais précis.

«Situkifepatakafairelésoldes », lui a-t-il dit avant de pénétrer dans l’immense paquebot que constitue le centre commercial. Parce qu’il s’habituait à sa singulière manière de s’exprimer ou simplement parce qu’il aurait fallu être aveugle, il devina immédiatement de quoi il parlait. 30, 40, 50 %. Les vitrines, en effet, étaient recouvertes d’affiches chantant les promotions sur les articles de cet hiver.

Notre héros n’était pas d’humeur à faire ses emplettes. Comment ensuite aurait-il bien pu transporter ses achats sans autre mode de transport que le vélomoteur de son compagnon ?

La remarque surprit le modeste écuyer. Visiblement, il considérait que circuler dans la galerie marchande, pénétrer dans l’une ou l’autre des enseignes et examiner plus attentivement tel ou tel article n’avait pas forcément pour objectif de faire un achat. Ce n’était pas forcément la finalité de la présence de tous les gens qui se déplaçaient par milliers ici le samedi. Notre héros observa qu’il en était ainsi pour beaucoup de ceux qu’il croisa alors. Ils n’avaient peut-être pas ou plus les moyens. Surtout, le centre commercial était le seul espace publique dont ils disposaient pour flâner, se rencontrer, laisser les enfants courir en toute sécurité. Une forme simple du bonheur.

En quittant les lieux, notre héros et son compagnon se demandent dans quelle allée ils ont bien pu égarer le vélomoteur. Derrière cette auto bleue, mais il y en a une identique cinquante mètres plus loin. Son propriétaire se souvient l’avoir déposé à proximité de la rangée de caddies. Il hésite.

« fissedepute », hurle-t-il brutalement. Voilà qui relativise un peu ses manifestations de tendresse filiale, pense notre fier cavalier. Néanmoins, il partage son désarroi et sa colère.

Colère redoublée par le mouvement rotatoire des ailes du moulin qu’il aperçoit à présent. Prêt à se faire justice en chargeant le monstre, notre héros est rappelé à l’ordre par son compagnon. Il ne s’agit pas d’un moulin mais d’une éolienne, chargée de fournir une partie de l’énergie nécessaire au centre commercial, et, maintenant qu’ils sont à pied, il va leur falloir faire l’économie des efforts inutiles.

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VOYAGES EN BARBARIE. Chapitre quatre.

février 18, 2008 · Laisser un commentaire

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Où notre héros peut enfin se restaurer et prendre un peu de repos.

Soudain la sauce dégouline sur son pantalon. Un liquide épais, d’une couleur située entre l’orange et le marron. Impossible de se dégager à temps. Il voudrait se saisir d’une des multiples serviettes en papier qu’on lui a donné pour s’éponger, mais ses doigts sont eux-mêmes recouverts du liquide gras.

Notre héros comprend maintenant pourquoi les autochtones mangent le buste penché au dessus de leur table, pourquoi ils y ont minutieusement disposé cartons d’emballage et serviettes avant d’entreprendre d’avaler leur première bouchée. Son compagnon, assis en face de lui, ne semble pas le moins du monde troublé par l’incident. Il poursuit son déjeuner en silence comme la plupart des clients présents. On dit que le plaisir pris à manger se mesure au silence des convives.

Il est vrai que l’entreprise s’avère délicate et nécessite une entière concentration. Saisir le sandwich de ses deux mains en veillant à ce que les doigts se répartissent sur l’ensemble du pain, au dessus et en dessous surtout, pour éviter de perdre un élément en cours de route, une feuille de salade ou un cornichon.  Le regard posé sur la photo en noir et blanc d’un recoin d’Amérique pris à une époque indéterminée. Maintenir l’ensemble en position horizontale afin de prévenir toute fuite éventuelle. Malheureusement pour notre héros, il est trop tard à présent.

Ne lui reste plus qu’à avaler le reste de son hamburger, consciencieusement comme le fait son voisin, en veillant à ne rien laisser, y compris les ingrédients qui se sont échappés sur ses mains, sur le carton dans lequel il était préalablement emballé. Le plus difficile consiste sans doute à ouvrir suffisamment grand sa mâchoire pour pouvoir mordre d’un seul trait l’ensemble des couches. Puis maintenir sa bouche fermée en mâchant l’ensemble qui, sous la dent, prend une consistance élastique.  De la nourriture qui peut aussi bien convenir à l’enfant qui n’a pas encore toute ses dents qu’au vieillard qui les a perdus. Ils sont forts, pense-t-il.

Faire glisser le tout à l’aide d’une gorgée de boisson gazeuse. Il n’avait pas utilisé de paille depuis bien longtemps. Un diabolo grenadine avec son grand-père qu’il accompagnait au bar tabac. Il aspirait lentement son breuvage dans l’atmosphère enfumée pendant que le père de sa mère jouait au tiercé. Bien loin du caractère hygiénique du décor du fast-food dans lequel il se trouve. Les murs blancs  et le parquet régulièrement lessivés, les tables momentanément souillées par les débris du repas précédent, rapidement nettoyées, désinfectées par des agents d’entretien gantés. L’odeur des produits ménagers mêlée à celle des frites, omniprésente. Sur les mains, sur la bouche, le sentiment de ne jamais pouvoir s’en débarrasser.

Notre fier cavalier profite de ce moment de répit pour observer la clientèle. Seuls ou en groupes, des visages qui pourraient être familiers. On lit la presse, on bavarde, on rit aussi. Pas forcément la morosité qu’on s’attend à trouver dans un tel endroit. Même si, en semaine, l’aire de jeux demeure pétrifiée comme les os nus d’un dinosaure disparu.

Une voix familière. La dernière personne qu’il s’attend à retrouver dans ces lieux. Qui provient en fait d’un écran de télé qui diffuse en boucle les programmes d’une chaîne d’information. Une émission qui a pris l’habitude de l’inviter sur tous les sujets qui peuvent l’intéresser.

Comme un nœud au creux de son ventre. Le sentiment qu’il pourrait ne jamais plus se retrouver sur ce plateau. Penser et conduire à penser. Penser qu’il doit aller aux toilettes avant de repartir. Il n’avait auparavant jamais autant bu de boisson gazeuse.

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Voyages en Barbarie. Chapitre trois.

février 7, 2008 · Laisser un commentaire

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Où notre héros découvre le nouveau visage des villes.

Où sommes-nous ? Quelle direction prendre ? Quelle voie emprunter ?
Comment nous sortir de là ?
Cela doit faire trois quarts d’heure qu’ils tournent en rond. Se pencher d’un côté puis de l’autre pour maintenir l’équilibre de la machine. Pas trop vite en prenant garde qu’un riverain, un enfant ou une vieille dame, ne traverse.

Pour le moment, ils n’ont croisé personne. Des portes fermées. Devant chaque maison : une petite, parfois agrémentée d’une boite aux lettres, et une grande, un portail, de même couleur, pour la voiture. Que des clôtures relient les unes aux autres. Alignements de barreaux de couleurs sensiblement semblables, dans des états divers, peintures encore brillantes, légèrement écaillées ou complètement à l’abandon, le métal mis à nu. Dressés sur des murets chétifs, ridicules  remparts derrière lesquels quelques buissons impuissants se cachent. La crainte d’être vu ou la peur de voir.

Rue des mésanges, passage des cerfs, impasse de l’église. Illusion de la campagne fabriquée en quelques mois par les promoteurs de la vie au grand air. Relégués dans des villages qu’ils croient à l’abri dix, vingt, cinquante kilomètres plus loin sur l’autoroute. Une droite et sa perpendiculaire, puis des formes courbes qui se déploient les unes après les autres comme ces dessins énigmatiques que l’on distingue du ciel et que certains croient être les traces du passage d’extraterrestres.

Sourd, ses écouteurs sur les oreilles, le pilote semble conduire son deux-roues à travers ce labyrinthe sans l’appréhension de se perdre. Notre héros aimerait bien, lui, se rattacher à un fil quelconque pour savoir où ils vont, ou retrouver son chemin et sa Rover sur l’autoroute. Il lui suffisait peut-être d’attendre qu’on vienne le dépanner sur l’autoroute.

Sénart, Moissy-cramayel, Savigny-le-temple, Sénart en Essonne, Sénart Ville Nouvelle. Trop ou pas assez d’informations, des fausses pistes, des kilomètres parcourus sans savoir dans quelle localité ils se situent, où trouver le centre-ville. Pas une église, pas une mairie comme point de repère. La France des villages et de ses clochers, la France de Péguy, n’est plus ce qu’elle était, se dit notre cavalier. Il se souvient avoir lu quelque part que ces villes d’un nouveau type ont été construites sur des marais asséchés. Il a faim désormais et s’inquiète de leur ravitaillement. Il ne manquerait plus qu’ils se fassent piquer par des insectes et qu’ils contractent une maladie, une maladie tropicale comme le chikungunya.

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Voyages en Barbarie. Chapitre second.

février 1, 2008 · Un commentaire


De ce qui arriva à notre héros après la rencontre de son nouveau compagnon et des difficultés qu’ils eurent à se comprendre.
Désormais où qu’il se rende, il ne cheminera plus jamais seul.

A califourchon ou dans une position qui s’y apparente, il a l’air d’un paquet encombrant ou du passager clandestin de la machine de son nouveau compère. Aux commandes, ce dernier porte un blouson de couleur sombre et d’une matière qui ressemble à du satin, synthétique et froissé, sans doute imperméable. Que le vent gonfle, par intermittences, contre son ventre. Il semble alors plus gras qu’il ne l’est vraiment, trop lourd pour son deux-roues. Dans son dos, notre paladin se cramponne sans avoir l’air de s’agripper. Il ne sent pas si mauvais, pense-t-il. Tout juste a-t-il une odeur différente.

Une route désespérément droite, faux plat descendant ou montant que la machine peine à gravir. Pas vraiment droite en fait. Maladroitement asphaltée, un peu bombée au centre, déformée de chaque côté et pansée hâtivement, rattrapée par endroits par la végétation qui déborde du fossé. A l’arrière de l’engin, chaque bosse, chaque creux secoue sans ménagement. Comme une série d’uppercuts délivrés au menton et qui finissent par faire mal.

Le temps manque pour admirer le paysage. Le gris du ciel au dessus de la tête et derrière les bouquets d’arbres rassemblés plus loin, nus et regroupés comme pour se protéger du froid. La terre retournée, tassée par les rafales. Elles font tanguer leur monture qui, après avoir repris son souffle, trace à nouveau sa route comme la charrue ses sillons.

Notre héros ne sait pas très bien où ils se rendent. Son nouvel ami lui a bien dit, mais il a des difficultés à le comprendre. Au bord de l’autoroute, il lui a fallu plusieurs minutes pour saisir de quoi  il parlait quand, avant même les présentations d’usage, cet étrange briard lui a lancé « tanikétaturvoi ». Plusieurs minutes qui eurent pu devenir une éternité si il n’avait pas montré du doigt le véhicule accidenté sur la bande d’arrêt d’urgence. Plusieurs minutes pour comprendre qu’il parlait de la Rover 75.

A présent, il peut l’interroger tant qu’il veut, il ne quitte jamais les écouteurs de son baladeur. On peut entendre la musique par-dessus les toussotements du deux-roues. Pas étonnant qu’il parle si fort.

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VOYAGES EN BARBARIE. Chapitre premier.

janvier 24, 2008 · Laisser un commentaire


Où l’on rencontre pour la première fois notre héros
au cœur des campagnes de France

Quelle déveine ! Un peu plus de quarante kilomètres parcourus depuis la Porte Brancion et voilà sa monture qui rend l’âme. Une Rover 75, achetée il y a près de quinze ans avec les droits de son premier succès en librairie. En francs sonnants et trébuchants. La solidité germanique associée à l’élégance britannique.

Echouée sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute. A5a ou A5b, il ne sait plus très bien. Parcouru une dizaine de kilomètres sur l’A6. Antony puis Athis-Mons. Rejoint la N104, la Francilienne, sans savoir s’il s’agit encore de l’Autoroute ou d’une route nationale. Toujours quatre voies. En direction de Troyes. Evry puis l’A5, toujours en direction de Troyes. A plus rien y comprendre. Le sentiment d’être ballotté et même brutalisé d’échangeurs en échangeurs. La civilisation de l’automobile. Ralliée à contrecœur. Diesel épuisé. Pas question de céder aux diktats d’intégristes à bicyclettes.

A perte de vue, des champs de Betteraves étalés jusque sous ses chaussures. Faites sur mesure par un artisan de Saint Germain. Un des derniers du quartier. Où les boutiquiers ont remplacé les libraires. Ses semelles, refaites il y a seulement quelques semaines. Inusables. Comme son coursier qui gît à présent sur le bas-côté. Pas question de bouger. Il l’a entendu à la radio : sur l’Autoroute, un piéton ne survit pas plus d’une dizaine de minutes.

Prisonnier derrière ses vitres fumées. Il jette un œil au plateau qui l’assiége de tous côtés. La Brie ou le Gâtinais. La géographie n’a jamais été son point fort. Perdu au sud-est du Bassin parisien, entre la Seine et la Marne. Des souvenirs remontés des bancs de l’école. A l’époque où on y apprenait encore quelque chose.

Il a beau faire un effort pour y voir plus clair, il n’aperçoit pas un seul clocher, pas la moindre bâtisse qui ressemble à une mairie.
Derrière le grillage de sécurité, il etrevoit quelqu’un qui lui fait un signe. Sûrement un briard amical qui a le projet de le secourir. Il lui montre quelque chose. Une issue. A vingt mètres devant lui, cela ressemble à une ouverture. Un passage découpé dans la clôture métallique.

Heureuse dégradation, utile incivilité.
Il se rend en toute hâte rencontrer ce briard. Quelques foulées seulement, en tachant de faire attention à l’incessante circulation.
De l’autre côté, une autre mauvaise surprise. On n’est jamais assez sur ses gardes, pense-t-il. Le briard est un noir. Comme Thuram, Makélélé, Thierry Henry… qu’importe, il a oublié le nom de la plupart d’entre eux.

Noir et il va devoir s’en accommoder. Faire comme s’il trouvait ça normal. Un noir sur une route de France.

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VOYAGES EN BARBARIE. dédicace.

janvier 24, 2008 · Laisser un commentaire

Dédicace

Au Roi de France

Seigneur des Balkans, Baron du barreau,
Marquis des hauts de la Seine, Prince des commissariats,
Comte des épiceries, duc des pintades

Sur la foi de vos relations et amis, du souci que vous avez de toujours récompenser le mérite des hommes de culture qui portent haut les valeurs de la France, sans jamais prêter attention aux flatteurs qui s’agrippent aux grands hommes qui comme vous ambitionnent de changer le monde et transmettre partout les valeurs et les principes des Nations civilisées, je supplie à genoux votre altesse, avec tout le respect que je dois à votre visible grandeur, de recevoir et de prendre sous son aile le modeste ouvrage que je rédige à présent. Puissent vos yeux si clairvoyants ne pas se blesser d’un si médiocre ouvrage.

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