
Quel plaisir de retrouver l’intégrale des nouvelles achevées ou inachevées de Katherine Mansfield ( Stock-La cosmopolite ). Retrouver la superficialité de la haute société, les malheurs des petites gens, l’émerveillement des couples amoureux ou le désespoir d’un père qui a perdu son fils au travers d’une bonbonnière, d’une maison de poupée ou de l’agonie d’une mouche…Elle a la poésie du détail, de l’objet qui chez chacun d’entre nous, traversant les époques, évoque l’enfance avec ses joies et ses instants cruels. L’auteur néo-zélandaise utilise avec virtuosité le discours indirect libre qui semble nous souffler à l’oreille les espoirs ou les déceptions de ses personnages par de brefs chuchotements. Ces histoires n’ont pas de structure solide, d’ossature, mais ressemblent à un courant vivant qui se coule dans les vergers et les jardins des toiles de Camille Pissaro, aux traînées d’existences ramassées et reconstituées par morceaux, incomplètes comme un regard jeté en arrière sur ses instants regrettés ou espérés. L’art d’éclairer la vie par petites touches colorées, un art parfois imprécis qui déborde, coule maladroitement, comme un pinceau dans la main gauche d’une enfant.

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